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Hector Malot - Baccara
- Et toi? demanda Adeline à sa femme en entrant dans leur chambre, dis-tu comme la Maman: mieux vaut que Berthe ne se marie pas que de devenir la femme d'un juif?
- Veux-tu donc ce mariage?
- Et toi ne le veux-tu point?
- J'avoue que l'idée ne m'en était jamais venue.
- As-tu quelques griefs contre Michel Debs?
- Aucun.
- Ne le trouves-tu pas beau garçon?
- Certainement.
- Intelligent, sage, rangé, travailleur!
- Je n'ai jamais rien entendu dire contre lui.
- Et au contraire tu as entendu dire, à moi, aux autres, à tout le monde, que des enfants Eck et Debs il est celui qui semble tenir la tête dans cette belle association de frères et de cousins, et que c'est lui sans aucun doute qui prendra la direction de la maison quand le père Eck se retirera.
- C'est vrai.
- Eh bien, alors? qui t'empêche d'admettre que sa femme puisse être heureuse?
- Je ne dis pas cela; et pourtant....
- Quoi?
- Il est juif.
- Alors ne parlons plus de ce mariage; si Maman et toi vous lui êtes opposées, cela suffit, restons-en là.
- Tu le désires donc?
- Je n'en sais rien; mais franchement je ne peux pas le repousser par cela seul que Michel est juif; pour moi, un juif est un homme comme un autre, bon ou mauvais selon son caractère particulier, mais qui en sa qualité de juif est souvent plus intelligent, plus soucieux de plaire, plus aimable dans la vie, plus souple, plus prompt, plus commerçant dans les affaires que beaucoup d'autres; je ne peux donc partager ton préjugé.
- Il s'applique beaucoup plus aux siens qu'à lui-même, ce préjugé.
- C'est déjà quelque chose.
- Je trouve, comme toi, Michel un aimable garçon, et si je le voyais pour la première fois, si l'on m'énumérait les qualités que je lui reconnais volontiers, si l'on me disait qu'il désire épouser ma fille sans m'apprendre en même temps qu'il est juif, je serais toute disposée à le considérer comme un gendre possible... et peut-être même désirable. Mais il n'est pas seul, il a les siens autour de lui, il a sa
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