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Hector Malot - Baccara

- Veux-tu bien te taire, petite peste! s'écria Berthe.

Comme à l'ordinaire, on lui avait servi un souper froid dans la salle à manger où le feu avait été allumé,
bien qu'on fût déjà en avril, mais il ne voulût pas se mettre à table: il avait dîné avant de quitter Paris; au

moins le dit-il.

Quand il arrivait au Thuit à cette heure, il n'entrait jamais dans la chambre de sa mère, car la Maman
s'endormait aussitôt qu'elle se mettait au lit, et il l'eût réveillée; c'était le lendemain seulement qu'il allait

lui dire un bonjour matinal.

Il en fut ce soir-là comme il en était toujours, et le lendemain matin, quand tout le monde dormait encore
dans le château, il frappa à la porte de la chambre que sa mère occupait au rez-de-chaussée. Justement

parce qu'elle s'endormait aussitôt qu'elle se couchait, la Maman se réveillait tôt, et il n'y avait pas à

craindre de troubler son sommeil:

- Entre, dit-elle.

Après qu'il l'eut embrassée dans son lit; elle lui demanda d'ouvrir les volets.

- Que je te voie, dit-elle.

Il fit ce qu'elle désirait, et les rayons obliques du soleil levant emplirent la chambre de leur claire lumière
rosée.

Il revint s'asseoir auprès du lit en faisant face à sa mère.

- Comment vas-tu? demanda-t-elle en le regardant.

- Je vais comme toujours.

Elle l'examina longuement.

- Tire donc les rideaux, dit-elle, et laisse la fenêtre ouverte; je ne te vois pas bien.

- Ne vas-tu pas avoir froid?

- Il fait un temps superbe.

- L'air est vif.

- Va donc.

Il obéit et revint prendre sa place, décidé à aborder l'entretien décisif qui devait assurer le mariage de
Berthe.

- Comme tu es pâle! dit-elle en le regardant de nouveau; comme tes traits sont contractés! Tu n'es pas
bien, mon garçon.

- Mais si.

- Il ne faut pas me démentir; j'ai encore de bons yeux quand il s'agit de toi; quand tu étais petit et que tu
devais être malade, je le voyais avant tout le monde, avant ton père, avant le médecin; je leur disais:

«Constant va avoir quelque chose»; je ne me suis jamais trompée: les mères ont des yeux pour lire dans

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