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Hector Malot - Baccara
Le mariage de sa fille, comment s'en occuper maintenant? Où trouver assez de calme pour agir continuellement sur l'esprit de la Maman?
Trois jours après, en dépouillant son courrier, ce qu'il ne faisait plus qu'en tremblant et autant que possible en cachette de sa femme, de peur de se trahir devant elle, il trouva une lettre dont l'écriture était visiblement déguisée:
«Monsieur,
«Il se prépare contre vous une machination pour vous faire chanter en vous menaçant de dévoiler certains procédés de jeu qui vous auraient fait gagner de grosses sommes. J'ai le moyen d'empêcher ces machinations s'il vous convient d'entrer en arrangement avec moi. Vous pouvez me répondre: poste restante A.G. 913.»
Bien entendu, il ne répondit pas, et ne chercha même pas à imaginer quel pouvait être ce protecteur qui offrait «contre arrangement» d'arrêter ces machinations.
Un autre jour, il reçut, toujours sous enveloppe, un second numéro du François 1er qui annonçait que l'enquête qu'il avait commencée sur certains joueurs touchait à sa fin, et qu'il en publierait prochainement le résultat... «étonnant».
Ainsi l'attaque se resserrait de plus en plus autour de lui; un jour ou l'autre le scandale éclaterait sans qu'il eût pu rien faire pour le prévenir.
A la vérité, il y avait des heures où il se disait que ceux qui le connaissaient n'ajouteraient pas foi à ces accusations, et qu'à la Chambre pas plus qu'à Elbeuf il ne se trouverait personne pour croire qu'il avait pu tricher au jeu; mais tout le monde ne le connaissait pas, et d'ailleurs il y avait le gain des 87,000 francs qui, quoi qu'il fit, quoi qu'il dit, laisserait toujours dans les esprits, même de ceux qui lui seraient favorables, une mauvaise impression. Il les avait gagnés, ces 87,000 francs, cela était un fait certain, il les avait volés; comment faire croire qu'il n'était pas d'accord avec ceux qui lui avaient fourni les moyens de les gagner? Toutes les explications qu'il fournirait, si vraies qu'elles fussent, n'en seraient pas moins invraisemblables pour ses amis, et pour les indifférents absurde.
Cependant le temps de son congé touchait à sa fin, et il fallait qu'il rentrât à Paris; mais Paris maintenant était-il plus dangereux pour lui qu'Elbeuf où il avait cru trouver le repos et où il avait été si rudement poursuivi?
Il pouvait d'autant moins prolonger son absence qu'avec l'expiration de son congé coïncidait une élection pour lui d'une grande importance: celle du président du groupe de l'Industrie nationale; ses amis le portaient à cette présidence, son élection semblait assurée, il ne pouvait pas se dispenser de faire acte de présence.
Il partit donc en promettant à Berthe de revenir dans quelques jours et de reprendre auprès de la Maman ses instances qui, pour n'avoir pas encore abouti, ne devaient cependant pas être abandonnées.
Sans s'attendre à une rentrée triomphale à la Chambre, il s'imaginait que ses amis, qu'il n'avait pas vus depuis quinze jours, allaient lui faire un accueil affectueux, - celui auquel il était habitué. Au contraire, cet accueil fut manifestement glacial; on s'éloignait de lui; pour un peu on lui eût tourné le dos.
Comme il allait entrer dans le bureau où devait se faire l'élection, on lui remit une dépêche qu'il ouvrit:
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