|
Hector Malot - Baccara
- Il n'en a pas été question tant que les conditions ont été les mêmes, mais aujourd'hui elles sont changées.
Et il dit quels étaient les changements qu'apportaient à ces conditions le consentement donné par madame Eck et l'acquisition des établissements Vincent.
- Je crois bien qu'elle consent, cette vieille juive, s'écria la Maman, voilà vraiment un beau sacrifice.
- Elle peut être aussi attachée à sa religion que tu l'es à la tienne.
- Est-ce que c'est une religion? Et puis, si elle était attachée à sa religion, comme tu dis, elle ne céderait pas plus que je peux céder moi-même. Il ne manquerait plus que j'imite une juive! Peux-tu me le demander?
- Je te demande de faire le bonheur de Berthe et le mien, rien autre chose, et c'est cela seul que tu dois considérer.
- Et mon salut, et l'honneur des Adeline. Est-ce quand on sent la main de la mort suspendue sur sa tête qu'on se damne? Ne la vois-tu pas, cette main? Attends qu'elle m'ait frappée, tu feras après ce que tu voudras, je ne serai plus là; veux-tu empoisonner mes derniers jours?
- Je veux faire le bonheur de Berthe et assurer notre repos à tous: elle aime Michel Debs....
- La malheureuse!
- Le mariage qui se présente est plus beau que dans notre situation nous ne pouvons l'espérer, voilà pourquoi je te demande ton consentement, pourquoi je te prie, je te supplie de ne pas persister dans ton refus qui nous désespérerait tous.
- Constant, je donnerais ma vie pour toi avec joie, je le jure sur ta tête; mais c'est mon salut que tu me demandes; je ne peux pas te le donner; ne me parle donc plus de ce mariage, jamais, tu entends, jamais!
III
- Eh bien? demanda madame Adeline aussitôt que son mari revint dans le bureau où elle était seule avec Berthe.
- Elle résiste.
- Tu vois! s'écrièrent la mère et la fille.
- Aviez-vous donc pensé qu'elle céderait au premier mot?
Certes non, elles ne l'avaient point pensé.
- Il faut qu'elle s'accoutume à cette idée, continua Adeline, nous reviendrons à la charge, moi de mon côté, toi du tien, Hortense, toi aussi, Berthe; pour ne rien négliger, je vais voir M. l'abbé Garut ce soir même et lui demander de nous aider; il me semble qu'il ne peut pas nous refuser son concours.
- En es-tu sûr? demanda madame Adeline.
- C'est à essayer; en attendant je vais envoyer un mot à Michel pour qu'il vienne dîner avec nous demain: ce sera son entrée officielle dans la maison en qualité de fiancé, et je crois que cela produira un certain
|