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Hector Malot - Baccara
Il y a deux gares à Elbeuf, l'une dans la ville même, l'autre où descendent les voyageurs qui viennent de Paris, à une assez grande distance, au milieu d'une plaine; ils avaient donc toute cette plaine de Saint-Aubin à traverser, c'est-à-dire un bon bout de chemin où ils pouvaient causer librement.
- Tu m'as fait grand plaisir en venant au-devant de moi, dit Adeline.
- Je voulais te voir... et puis, je voulais te parler.
- Qu'est-ce qu'il y a?
Il se tourna vers elle pour la regarder: le visage souriant et heureux qu'il venait de voir s'était rembruni et attristé.
- J'ai peur, dit-elle.
- Michel?
- Ce n'est pas Michel qui me fait peur; il est plus aimable, plus tendre que jamais; c'est M. Eck, c'est madame Eck, la grand'maman.
- Que se passe-t-il?
- Je ne sais pas: Michel, qui me disait que sa grand'mère s'adoucissait et qu'elle semblait disposée à consentir à notre mariage, m'a prévenu hier en deux mots, les seuls que nous ayons pu échanger, qu'il y avait un revirement et que madame Eck paraissait fâchée contre lui et contre moi.
Adeline aussi eut peur: savait-on déjà quelque chose à Elbeuf? En se perdant, avait-il perdu sa fille avec lui?
Berthe continuait:
- Je n'imagine pas du tout en quoi j'ai pu blesser madame Eck et par là changer ses dispositions à mon égard; quant à Michel, il n'a rien fait qui puisse déplaire à sa grand'mère, cela est bien certain.
- Sans doute, ce n'est ni contre toi ni contre son petit-fils qu'elle est fâchée.
- Contre qui l'est-elle alors?
- Contre moi.
- Pourquoi le serait-elle contre toi.
Pourquoi le serait-elle? Il ne pouvait pas répondre à cette question; il n'osait même pas l'examiner.
- A cause de notre situation embarrassée.
- J'ai bien pensé à cela, et j'ai questionné maman, qui m'a dit que les affaires seraient meilleures cette année qu'elles ne l'avaient été l'année dernière. Madame Eck doit le savoir.
- Peut-être ne le sait-elle pas.
- Sois tranquille de ce côté, Michel l'en aura avertie.
- Alors, que veux-tu que je te dise?
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