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Hector Malot - Baccara
prouvé que ce n'est pas votre séquence qui décide la démission qu'il balançait, et qu'il aurait, sans doute, balancée longtemps encore. Pourquoi aussi lui avez-vous fourni des coups si gros, des huit, des neuf; ne pouvait-il pas gagner avec des points moins forts, qui n'auraient pas provoqué la surprise?
- J'ai voulu empêcher des hésitations de tirage, ce qui, avec lui, était possible, puisqu'il taillait sans savoir qu'il devait gagner: quand on est d'accord avec le banquier, on fait ce qu'on veut, mais ce n'était pas le cass, et puis il me semblait qu'il n'était pas mauvais qu'il se sentît un peu compromis.
- Et voilà le résultat; il s'est si bien senti compromis qu'il s'en va.
Barthelasse secoua la tête par un geste énergique.
- C'est justement parce qu'il ne s'est pas senti assez compromis qu'il s'en vatt, s'écria-t-il; s'il avait vu qu'il ne pouvait aller nulle part, il serait resté avec nous.
- Ça, c'est une idée.
- Et une bonne, encore.
- Enfin, il s'en va, dit Frédéric pour prévenir une discussion inutile.
- Eh bien, zut, s'écria Raphaëlle, il nous embêtait, à la fin!
- C'est comme ça que tu le prends? fit Frédéric étonné.
- Faut-il s'en faire mourir? Il était devenu si hargneux qu'on ne pouvait plus vivre avec lui.
- Ce n'est pas là la question, fit Frédéric; il s'agit de savoir si nous pourrons vivre sans lui.
- Et comment? dit Barthelasse.
- Nous le remplacerons par un autre, dit Raphaëlle; il n'y a pas qu'un président au monde; j'y ai pensé.
- Il n'y en a pas beaucoup d'aussi bons que celui-là, dit Barthelasse.
- Et où vois-tu cet autre? demanda Frédéric.
- A la Chambre.
- Ce n'est pas M. de Cheylus?
- Au contraire, c'est lui, et c'est pour cela que je l'ai fait venir; je lui ai inventé une belle histoire, et il accepte si Adeline se retire.
- On va nous tomber sur le dos, et il ne pourra pas nous défendre.
- Pourquoi ne le pourrait-il pas? On se montre souvent plus complaisant pour ses adversaires que pour ses amis. C'est la raison qui m'a fait penser à M. de Cheylus, quand j'ai vu qu'un jour ou l'autre le Puchotier nous manquerait, et voilà pourquoi je l'ai fait venir. J'ajoute, pour vous mettre de belle humeur, qu'il se contentera de douze mille francs au lieu des trente-six mille que nous coûte le Puchotier; je lui ai dit que c'était parce que nous ne pouvions plus payer cette somme qu'Adeline se retirait.
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