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Hector Malot - Baccara

- Je vais prendre une voiture, répondit-il.

- Alors, avant de nous séparer, je vous demande un moment d'entretien, deux minutes.

L'heure était étrangement choisie, alors surtout que quelques instants auparavant cet entretien pouvait
avoir lieu plus commodément pour tous les deux; cependant Adeline ne refusa pas ces deux minutes.

- Volontiers.

Ils étaient arrivés sur le trottoir de l'avenue en ce moment complètement désert, tandis que sur la
chaussée quelques coupés du cercle attendaient la sortie des joueurs.

- Vous conviendrez, mon cher président, dit Salzman, que celui qui vous a donné cette banque a la main
heureuse.

- Cela, c'est vrai.

- Et vous conviendrez aussi, je pense, que l'inspiration que j'ai eue de vous laisser ma suite n'a pas été
moins heureuse que la main... pour vous au moins.

Adeline, qui ne prévoyait guère la tournure qu'allait prendre cet entretien bizarre, devint attentif à ce mot.

- Mais si elle a été heureuse pour vous, continua Salzman, elle ne l'a guère été pour moi, car si j'avais
taillé jusqu'au bout, les quatre-vingt-dix mille francs qui sont dans votre poche seraient dans la mienne...

et franchement, ils y arriveraient à propos.

- Chacun taille à sa manière, répliqua Adeline, qui voulait prendre ses précautions.

- Sans doute, mais on ne peut tailler que ce qu'il y a dans les cartes, et dans ma suite il y avait une jolie
série. Cependant, rassurez-vous, je ne viens pas vous proposer de partager, bien que j'en connaisse plus

d'un qui, à ma place, n'aurait pas ma discrétion; Je viens seulement vous demander cinq cents louis, non

comme partage, mais comme prêt, parce que j'en ai besoin, un extrême besoin.

Sans avoir aucun grief contre Salzman et sans rien savoir de mauvais sur son compte, Adeline ne l'aimait
point, cette façon de demander ces cinq cents louis, en s'adressant à lui comme à un associé, acheva ce

que les préventions avaient commencé.

- Je regrette de ne pouvoir pas faire ce que vous désirez, dit-il sèchement, mais cela m'est tout à fait
impossible.

- Cependant....

- Tout à fait impossible.

Et Adeline se dirigea vers un des coupés dont il ouvrit la portière.

A ce moment, plusieurs joueurs descendant du cercle arrivaient sur le trottoir.

- Rue Tronchet, dit Adeline en refermant la portière.

Le coupé partit, laissant Salzman ébahi; sous les yeux des joueurs qu'il sentait sur lui, il n'avait pu ni rien
ajouter, ni retenir Adeline.

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