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Hector Malot - Baccara
Le banquier donna les cartes et perdit à droite comme à gauche.
Sans doute, c'était bien peu de chose que ce gain pour Adeline, cependant il en fut aussi heureux que si, au lieu de 100 francs, il avait gagné 1,000 louis, car, s'il était insignifiant en soi, quelle importance ne prenait-il pas comme indication de la veine.
Il laissa ces cent francs et, gagna encore.
Décidément, la mort du père Huet semblait bien être providentielle.
Il voulut s'en assurer: quittant le tableau de gauche il passa à droite, où il ponta les 300 francs qu'il venait de gagner: le tableau de gauche perdit, le tableau de droite gagna.
Frédéric, qui le suivait de près, s'approcha de, lui
- Quelle veine, mon président!
Adeline laissa ses 600 francs et la chance fut encore pour lui.
- N'est-ce pas merveilleux! s'écria Frédéric.
- Moi, si j'étais à la place du président, dit Barthelasse, je n'userais pas ma veine dans ces niaiseries, je la garderais pour ma banque.
Ceux-là seuls qui n'ont jamais joué ne comprendront pas l'émotion d'Adeline: quatre fois coup sur coup il avait interrogé l'oracle, et quatre fois l'oracle lui avait répondit par une affirmation contre laquelle toute discussion était impossible.
- Je pense que vous allez prendre la banque, dit M. de Cheylus survenant.
- Je vais inscrire le président, dit Barthelasse.
Cependant Adeline n'était pas décidé à se mettre en banque, mais ces excitations tombant sur lui de différents côtés firent pencher sa résolution chancelante.
Mais il ne voulut pas céder; la vision de sa femme le retint: il fit une nouvelle tournée dans les salons et de nouveau il tâcha de s'intéresser aux carambolages, à l'écarté et aux échecs; puis malgré lui, inconsciemment, il revint à la salle de baccara, où, pendant son absence, quelques gros coups avaient imprimé à la partie une allure plus animée.
C'était un des habitués du cercle, un Américain appelé Salzman, qui venait prendre la banque, et on avait apporté trois jeux de cartes que Camy était en train de mêler.
- Messieurs, faites votre jeu.
Mais les mises furent médiocres; sans qu'on eût rien de précis à reprocher à Salzman, on le tenait vaguement en défiance, et puis c'était un vilain banquier; ceux qui le connaissaient s'abstinrent, et il n'y eut guère que les étrangers qui pontèrent.
Il gagna: aussi pour son second coup les mises furent-elles plus faibles encore, et cependant il semblait vouloir rassurer les joueurs les plus soupçonneux: au lieu de tailler en prenant un paquet de cartes dans la main gauche pour les distribuer de la main droite, il taillait au talon, c'est-à-dire en prenant les
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