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Hector Malot - Baccara
côté, Adeline et madame Adeline ne tenaient pas moins à ce que ces sujets ne fussent pas abordés, et comme, du sien, Berthe veillait à ne pas offrir à sa grand'mère la plus légère occasion de manifester franchement ou par des allusions son hostilité, c'étaient des conversations politiques sans fin auxquelles tout le monde prenait part.
Mais ce soir-là la politique elle-même languit et plus d'une fois Adeline préoccupé laissa tomber l'entretien sans continuer avec sa mère la discussion commencée.
- Irons-nous, demain au Thuit? demanda Berthe toujours désireuse de ces promenades avec son père.
- Non, je repars demain matin pour Paris.
Aussitôt après le souper, Adeline roula sa mère chez elle; puis, ayant embrassé sa fille et Léonie, il passa dans le bureau avec sa femme:
- Qu'as-tu? demanda celle-ci, quand la porte fut refermée; comme tu es préoccupé ce soir!
- Une chose grave, qui va te causer un grand chagrin... et qui me cause, à moi, une cruelle humiliation.
Elle le regarda, effrayée; il détourna les yeux.
Alors elle vint à lui et, lui passant le bras autour du cou par un geste maternel, elle se pencha à son oreille:
- Tu as joué! dit-elle à voix basse, sans le regarder.
- Oui.
- Mon pauvre Constant!
- J'ai été entraîné, une fatalité.
- Je pense bien.
Le premier coup porté, elle s'était remise un peu, bien que le plus dur ne fût pas dit.
- Combien? demanda-t-elle.
- Il me faut vingt-cinq mille francs.
Bien que dans leur situation la somme fût très grosse, elle avait craint le malheur plus grand encore.
- Nous les trouverons, ne t'inquiète pas, dit-elle. Puis, voulant le relever:
- C'est un accident, dit-elle, une faillite: justement, nous n'en avons pas eu cette année.
- Chère femme, murmura-t-il, quelle bonté en toi, quelle indulgence!
- Veux-tu bien te taire! dit-elle, en essayant de sourire pour ne pas pleurer; est-ce qu'il doit être question d'indulgence entre nous?
- Plus que jamais, car je ne t'ai pas tout dit.
- Mon Dieu!
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