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Hector Malot - Baccara

- Tu es Normand?

- C'est vrai.

- D'où?

- D'Arques.

- C'est au Casino de Dieppe que tu as appris le métier?

- Oui.

- Tu es marié?

Il fit un signe affirmatif.

- Où est ta femme; que fait-elle?

- Elle tient un café à Arques.

- Eh bien, tu prendras ce matin le train de six heures quarante-cinq pour Dieppe, et tu resteras auprès de
ta femme, à tenir ton café avec elle; si tu reviens à Paris, la police correctionnelle et après Poissy. Mais

avant de partir tu vas dire à ces messieurs ce que le prince de Heinick te donne pour que tu lui apportes

des cartes préparées, et comment l'affaire s'est arrangée entre vous.

- Des cartes préparées!

Dantin enleva le journal qui recouvrait les trois jeux.

- Les voici.

Léon était déjà à moitié anéanti, cette façon brutale de l'interroger en affirmant lui avait fait perdre la
tête; la vue des cartes l'acheva.

- Je n'ai jamais parlé au prince, je vous le jure, balbutia-t-il.

- Eh bien, qui est-ce qui te remet les jeux?

- Je ne sais pas son nom: un petit homme jaune, grêlé, que j'ai connu au café où je vais; il m'a dit que le
prince ne pouvait jouer qu'avec ses cartes, des cartes neuves faites exprès pour lui, un fétiche, quoi.

- Bien sûr.

- Sans ça, et si les cartes n'avaient pas eu leur bande, je n'aurais jamais consenti. On peut prendre des
renseignements, tout le monde dira que je suis un honnête homme: j'ai quatre enfants.

- Ça vaut cher, un fétiche comme celui-là, car il est fameux.

Léon hésita un moment.

- Ne fais pas le malin, dit Dantin rudement.

- Mille francs.

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