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Hector Malot - Baccara

Alors l'espérance revint aux joueurs, et le croupier annonça qu'il y avait vingt mille francs, mais cette fois
ils eurent tort encore, car ce fut le banquier qui gagna; et ce qu'il y eut de remarquable dans ce coup, c'est

qu'il fut aussi audacieux que l'avait été le premier: le prince tira à six et amena un 2; ses adversaires

avaient l'un 6, l'autre 7.

Si les pontes furent consternés, Dantin fut étonné, c'était trop beau, trop sûr pour lui; il y avait là quelque
volerie, mais laquelle? Il n'y voyait rien; il avait beau prêter l'oreille, il n'entendait pas le plus léger bruit

de filage dans cette pièce silencieuse où l'anxiété arrêtait les respirations. Devenait-il sourd? Il écouta s'il

entendait le battement de sa montre dans la poche de son gilet, et il l'entendit.

La banque continua en suivant à peu près la même marche, sur quatre coups le banquier en gagnait trois,
et presque toujours avec une sûreté de tirage extraordinaire. Quand, la banque finie, on apporta devant le

prince la corbeille dans laquelle il devait emporter son gain, elle se trouva presque remplie de jetons et de

plaques; c'était un désastre.

Pendant que le prince changeait toute cette mitraille d'ivoire et de nacre contre de vrais billets de banque,
il voulut bien, toujours avec son aimable sourire, promettre à quelques joueurs qu'il reviendrait le

lendemain et leur offrirait leur revanche.

C'en était assez pour ce soir-là; le cercle se vida presque complètement; bien certainement il ne se
passerait plus rien de sérieux.

Adeline emmena Dantin dans son cabinet.

- Eh bien? demanda-t-il.

- Le prince est un filou.

- Vous avez vu?

- Rien.

- Alors, comment pouvez-vous porter une pareille accusation contre un homme dans sa situation et que
nous a présenté un membre des grands cercles?

- Vous me demandez mon impression, je vous la donne; si vous voulez que je ne dise rien, je me tais.

- Mais qui vous fait croire...?

Dantin expliqua ce qui lui faisait croire que le prince était un filou, en insistant principalement sur la
sûreté de son tirage:

- Il n'y a pas de séquences, dit-il en concluant, il n'y a très probablement pas de filage, mais il y a quelque
chose, et ce quelque chose je le chercherai, j'espère même que je le trouverai, seulement il faudrait avant

que j'eusse les cartes avec lesquelles le prince a taillé.

- Elles étaient neuves.

Dantin ne répliqua pas, mais il insista pour examiner ces cartes, et comme ce soir-là il était impossible de
retrouver avec certitude dans la corbeille celles qui avaient servi au prince à tailler, il fut convenu que cet

examen serait remis au lendemain. Ce retard contraria Adeline, qui aurait voulu ce soir même expulser de

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