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Hector Malot - Baccara

- Surveillez le prince de Heinick comme les autres: il n'y a pas de prince devant le tapis vert, il n'y a que
des joueurs, et la façon dont un joueur surveille un autre joueur vous montre quelle confiance on s'inspire

mutuellement dans cette corporation.

- Faut-il donc soupçonner tout le monde?

- Hé, hé!

- Mais alors ce serait à quitter la société.

- Au moins une certaine société.

Sur ce mot le préfet voulut s'éloigner, mais Adeline le retint: il était épouvanté de la responsabilité qui lui
tombait sur les épaules, et il ne l'était pas moins de son incapacité qu'il avoua franchement. Comment

découvrir les nouvelles tricheries, quand il connaissait à peine les anciennes? Il lui faudrait quelqu'un

pour l'éclairer, le guider. Il termina en demandant au préfet de lui donner ce quelqu'un:

- Il y a des inspecteurs de la brigade des jeux; donnez m'en un.

- Si les inspecteurs connaissent les grecs, les grecs connaissent encore mieux les inspecteurs; que je vous
en donne un, et que vous l'introduisiez dans votre cercle, les choses, tant qu'il sera là se passeront avec

une correction parfaite.

Adeline se montra si désappointé que le préfet ne voulut pas le laisser sur cette réponse décourageante.

- Je vais m'informer si on peut vous donner quelqu'un qui exerce une surveillance sans danger d'être
reconnu, et aussi sans provoquer l'attention: mes agents ne se recrutent pas dans le monde de la

diplomatie, malheureusement, et il y en a plus d'un dont la tournure et la tenue seraient déplacées dans

votre cercle. Demain vous aurez ma réponse.

Cette nuit-là, Adeline la passa au cercle à surveiller les joueurs, rôdant autour des tables, cherchant,
examinant, mais ne voyant rien d'irrégulier. À la vérité, le prince de Heinick eut une banque

exceptionnellement heureuse, mais sans que rien pût éveiller les soupçons dans sa manière de tailler, qui

était la plus correcte au contraire, la plus élégante qu'on eût encore vue au Grand I. C'était

presque du bonheur; en tout cas, pour plus d'un ponte, c'était presque un honneur de se faire gagner son

argent par un si noble banquier, numéroté dans l'Almanach de Gotha, et apparenté à des Altesses:

«J'ai attrapé hier avec le prince Heinick une culotte qui peut compter!» Ça pose de se faire culotter par un

prince.

Le lendemain, Adeline attendait le préfet avec une impatience nerveuse.

- J'ai votre homme, mon cher député, rassurez-vous. Un ancien agent politique versé dans la brigade des
jeux. Il paraît qu'il a été affranchi par les grecs et qu'il n'a pas voulu travailler avec eux ni pour

eux. On me dit qu'il opère d'une façon surprenante. En tout cas, il connaît tous les tours de ces messieurs,

et si celui qui s'exécute chez vous est neuf, il est assez intelligent pour le découvrir. J'oubliais de vous

dire qu'il est assez bien pour passer inaperçu dans votre cercle et partout; en plus décoré, d'un ordre

étranger, pour services politiques. Il sera demain matin chez vous, si vous voulez. À quelle heure?

- Dix heures.

Comme dix heures sonnaient le lendemain, on frappa à la porte d'Adeline, et dans son petit salon entra un

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