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Hector Malot - Baccara

- Eh bien, nous ferons route ensemble; j'ai justement affaire place Malesherbes.

- Vous ne vous fiez pas à moi? dit Combaz en riant.

Adeline changea la conversation, car s'il était vrai qu'il ne se fiât point à cette bonne résolution d'un
joueur, il trouvait imprudent de laisser voir ses doutes; et jusqu'à la place Malesherbes ils s'entretinrent de

choses et d'autres amicalement, sans qu'une seule fois il fût question de jeu.

- Vous voici à deux pas de chez vous, dit Adeline en arrivant à la place, bonsoir!

- Je vous porterai les remerciements de ma femme, dit Combaz en lui serrant les deux mains avec
effusion, et je vous conduirai mes deux aînées pour qu'elles vous embrassent.

- J'irai chercher chez vous les remerciements de madame Combaz, dit Adeline, et les embrassements de
vos chères petites; il ne faut pas que vous repassiez la porte du cercle.

- N'ayez donc pas peur, dit Combaz en riant.

Adeline s'en revint à pied, lentement, marchant allègrement, la conscience satisfaite: il avait sauvé un
brave garçon. Sans doute dans ce sauvetage, il y avait eu bien des choses cruelles pour lui, bien des

points de contact douloureux entre cette situation et la sienne, mais enfin la satisfaction du devoir

accompli le portait: il avait fait son devoir.

En passant place de la Madeleine, il hésita s'il rentrerait chez lui se coucher où s'il irait faire un tour au
cercle; sûr de ne pas se laisser entraîner au jeu ce soir-là, alors qu'il était encore tout frémissant de ses

propres paroles, il se décida pour le cercle.

Quand il entra dans la salle de baccara, le croupier prononçait les mots qui, si souvent, retentissent dans
une nuit: «Le jeu est fait». Machinalement il regarda qui taillait: un cri de surprise lui monta aux lèvres,

c'était Combaz; alors il s'approcha de la table et regarda les enjeux: environ une vingtaine de mille francs

et Combaz n'avait plus que quelques cartes dans la main gauche, le reste de sa taille, que ses doigts

serraient nerveusement, tandis que sur son visage pâle glissaient des filets de sueur.

- Rien ne va plus?

À ce moment les yeux de Combaz rencontrèrent ceux d'Adeline et vivement il les détourna, puis il donna
les cartes.

Le tableau de droite et le tableau de gauche, ayant demandé des cartes, reçurent l'un un dix, l'autre une
figure; alors une hésitation manifeste se traduisit sur le visage de Combaz et ses yeux vinrent chercher

une inspiration dans ceux d'Adeline. Devait-il ou ne devait-il pas tirer? Si furieux que fût Adeline, il était

encore plus anxieux. Le joueur l'emporta sur le président, et ses yeux dirent ce qu'il eût fait lui-même.

Combaz ne tira point et gagna.

- Je vous disais bien que j'allais avoir une série! s'écria Combaz en venant vivement à Adeline, c'est cette
certitude qui m'a empêché de rentrer, j'ai pris une voiture, et vous voyez que j'ai eu raison.

- Au moins allez-vous vous sauver maintenant.

- Au plus vite.

Tandis que Combaz changeait ses jetons et ses plaques contre vingt-cinq beaux billets de mille francs,

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