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Hector Malot - Baccara

facilement attaqué.

- Je vous remercie, cher monsieur, de ce que vous voulez bien me dire.

Et il enfila une phrase de politesse à laquelle il n'attachait en réalité aucun sens.

- Vous ne vous blesserez donc pas, commença Adeline, si je vous dis que vous jouez trop gros jeu.

Au contraire, Combaz se fâcha et, relevant la tête:

- Permettez, monsieur!

Adeline ne se laissa pas couper la parole:

- C'est à moi qu'il faut que vous permettiez, car je n'ai pas fini, je n'ai même pas commencé ce que j'ai à
vous dire. Je suis le président de ce cercle, c'est en quelque sorte chez moi que vous jouez, et vous

admettrez bien que j'ai le droit de vous adresser mes observations, alors surtout qu'elles sont dictées par

votre intérêt...

- Mais, monsieur...

- Par celui de votre jeune femme si charmante, par celui de vos trois petites filles que vous venez
d'embrasser dans leur lit pour accourir ici, et qui demain peut-être seront dans la rue, sans lit, sans pain.

Combaz étendit la main pour protester; Adeline la lui prit et chaleureusement il la lui serra:

- Vous voyez que je sais tout: votre hôtel hypothéqué pour quatre-vingt mille francs, vos tableaux vendus
à Auguste, vos objets d'art, vos tentures emportés.

- Qui vous a dit?

- Etait-il possible que je visse un artiste perdre plus de deux cent mille francs ici, sans m'inquiéter de
savoir quelles étaient ses ressources, si c'était sa fortune ou le pain de ses enfants qu'il jouait; c'est le pain

de ses enfants; je ne le permettrai point. Si c'est le président qui vous parle, c'est aussi l'ami qui pense à

votre avenir gâché, c'est le père qui pense à vos petites filles, parce qu'il aime la sienne et que, par

sympathie, il s'intéresse aux vôtres. Allez-vous les sacrifier à votre passion, vous, un artiste qui avez dans

le coeur et dans la tête des émotions plus hautes que celle que peut donner le jeu?

Combaz était dans une situation où la sympathie, même alors qu'elle est accompagnée de reproches,
touche les plus endurcis, et il n'était nullement endurci.

- Et vous croyez, dit-il d'un accent amer, que c'est la passion qui me fait jouer? Passionné, oui, je l'ai été:
quand j'étais plus jeune, tout jeune, j'ai passé des nuits au jeu pour le jeu lui-même et les secousses qu'il

donne; mais ce temps est loin de moi.

- Alors, pourquoi jouez-vous?

Il secoua la tête; puis, après un assez long intervalle de silence, en homme qui prend son parti:

- Vous demandez pourquoi je joue, pourquoi je me suis remis à jouer après être resté sept années sans
toucher aux cartes: simplement par calcul, sans aucune passion, pour que le jeu donne aux miens ce que

mon travail était insuffisant à leur continuer, notre vie ordinaire, rien de plus. Je gagnais soixante mille

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