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Hector Malot - Baccara

- Madame Paul Combaz.

- La femme du peintre?

- Oui, monsieur.

Cela fut dit avec plus de tristesse que de fierté.

La sympathie un peu vague d'Adeline devint de l'intérêt: il oublia ses fatigues et ses émotions de la nuit
pour regarder cette jeune femme qui se tenait devant lui dans une attitude désolée. Non seulement il

connaissait le nom de Paul Combaz comme celui d'un peintre de talent, très apprécié dans le monde

parisien, mais encore il connaissait l'homme lui-même, un des plus fidèles habitués du Grand I,

depuis quelque temps.

- Pardonnez-moi mon embarras, dit-elle enfin; c'est une situation si douloureuse que celle d'une femme
qui vient se plaindre de son mari... qu'elle aime, que je ne sais comment m'expliquer... bien que depuis

plus d'un mois j'aie préparé cent fois par jour ce que je dois vous dire.

Adeline fit un signe pour la rassurer.

- Vous connaissez mon mari? demanda-t-elle en le regardant avec crainte.

- J'ai autant de sympathie pour l'homme que d'estime pour l'artiste.

Elle laissa échapper un soupir de soulagement, et ses yeux navrés s'éclairèrent d'une flamme de tendresse
et de fierté.

- Soyez certain qu'il les mérite; c'est le coeur le plus loyal, le caractère le plus droit: et ce n'est pas à vous
que j'ai à dire qu'il est un grand artiste, ses succès sont là pour l'affirmer; je serais la plus heureuse et la

plus fière des femmes si... s'il ne jouait pas; et c'est parce qu'il joue... à votre cercle que je viens vous

demander de nous sauver, mes enfants et moi.

- Mais je n'ai pas le pouvoir d'empêcher les gens de jouer! s'écria-t-il blessé de cet appel à son
intervention, qui semblait le rendre responsable des pertes au jeu de Paul Combaz; vous vous méprenez

étrangement sur l'autorité d'un président de cercle.

Elle le regarda, le visage bouleversé, les lèvres tremblantes.

- Oh! monsieur, je vous en prie, ne me repoussez pas. Si ce n'est pas pour moi que vous m'écoutez, et je
le comprends, puisque vous ne me connaissez pas, que ce soit pour mes enfants, pour mes trois petites

filles, qui dans un mois, peut-être dans huit jours, seront jetées dans la rue, mourant de faim, de froid, si

vous n'intervenez pas. Vous avez une fille que vous aimez, c'est au père que je m'adresse.

- Vous me connaissez, vous connaissez ma fille?

- Non, monsieur, je ne connais pas mademoiselle Adeline, mais je sais que vous avez une fille, et c'est en
pensant à elle que l'espérance s'est présentée à moi que vous nous viendrez en aide. Désespérée par les

pertes au jeu de mon mari, j'ai cherché, comme une affolée que je suis, à qui je pourrais demander

protection, et l'idée m'est venue, l'inspiration, que si je n'avais pas pu empêcher mon mari d'aller au cercle

où il s'est ruiné, le président de ce cercle pourrait lui en fermer les portes. Mais ce président était-il

homme à m'entendre? ou bien me repousserait-il parce qu'il profitait lui-même de la ruine des joueurs...

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