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Hector Malot - Anie

ou modifié?

Le temps marcha, et la cloche du dîner vint le surprendre avant qu'il eût trouvé une réponse aux questions
qui se heurtaient dans sa tête.

Il fallait descendre; il se composa un maintien pour que ni sa femme ni sa fille ne vissent son trouble, car,
malgré son désarroi d'idée, il avait très nettement conscience qu'il ne devait leur parler de rien avant

d'avoir une explication à leur donner.

Il remit donc le testament dans son tiroir, mais en le cachant entre les feuillets d'un acte notarié, et il se
rendit à la salle à manger, où sa femme et sa fille l'attendaient, surprises de son retard: c'était, en effet,

l'habitude qu'il arrivât toujours le premier à table, autant parce que, depuis son installation à Ourteau, il

avait retrouvé son bel appétit de la vingtième année, que parce que les heures des repas étaient pour lui

les plus agréables de la journée, celles de la causerie et de l'épanchement dans l'intimité du bien-être.

- J'allais monter te chercher, dit Anie.

- Tu n'as pas faim aujourd'hui? demanda madame Barincq.

- Pourquoi n'aurais-je pas faim?

- Ce serait la question que je t'adresserais.

Précisément parce qu'il voulait paraître à son aise et tel qu'il était tous les jours, il trahit plusieurs fois son
trouble et sa préoccupation.

- Décidément tu as quelque chose, dit madame Barincq.

- Où vois-tu cela?

- Est-ce vrai, Anie? demanda la mère en invoquant comme toujours le témoignage de sa fille.

Au lieu de répondre, Anie montra d'un coup d'oeil les domestiques qui servaient à table, et madame
Barincq comprit que si son mari avait vraiment quelque chose comme elle croyait, il ne parlerait pas

devant eux.

Mais, lorsqu'en quittant la table on alla s'asseoir dans le jardin sous un berceau de rosiers, où tous les
soirs on avait coutume de prendre le frais en regardant le spectacle toujours nouveau du soleil couchant

avec ses effets de lumière et d'ombres sur les sommets lointains, elle revint à son idée.

- Parleras-tu, maintenant que personne n'est là pour nous entendre?

- Que veux-tu que je dise?

- Ce qui te préoccupe et t'assombrit.

- Rien ne me préoccupe.

- Alors pourquoi n'es-tu pas aujourd'hui comme tous les jours?

- Il me semble que je suis comme tous les jours.

- Eh bien, il me semble le contraire; tu n'as pas mangé, et il y avait des moments où tu regardais dans le

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