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Hector Malot - Anie
- Ne dites donc pas de ces choses-là, répondit Morisette, on sait bien que vous n'avez envie d'assommer personne.
- Insulter, oui, dit Ladvenu; assommer, non.
- Vous êtes des lâches, vociféra Belmanières, de vous mettre tous contre moi.
- Dix manants contre un gentilhomme, dit Jugu en riant.
- Allons, gentilhomme, rapière au vent, cria Ladvenu.
Belmanières roulait des yeux furibonds, allant de l'un à l'autre, cherchant une injure qui fût une vengeance; à la fin, n'en trouvant pas d'assez forte, il ouvrit la porte avec fracas:
- Nous nous reverrons, s'écria-t-il en les menaçant du poing.
- Espérons-le, ô mon Dieu!
- Quel chagrin ce serait de perdre un collègue aimable comme vous!
- Tous nos respects.
- Prenez garde à l'escalier.
Ces mots tombèrent sur lui drus comme grêle avant qu'il eût fermé la porte.
- Messieurs, je vous demande pardon, dit Barincq quand Belmanières fut parti.
- C'est nous qui vous félicitons.
- En entendant parler ainsi de ma fille, je n'ai pas été maître de moi; m'attaquant dans ma tendresse paternelle, il devait savoir qu'il me blessait cruellement.
- Il le savait, soyez-en sûr, dit Jugu.
- Seulement je suppose, dit Spring la bouche pleine, qu'il n'avait pas cru que vous iriez jusqu'au coup de poing.
- Et voilà pourquoi nous ne pouvons que vous approuver de l'avoir donné, dit Morisette, à qui ses fonctions et son âge conféraient une sorte d'autorité; espérons que la leçon lui profitera.
- Si vous comptez là-dessus, vous êtes naïf, dit Ladvenu; le personnage appartient à cette catégorie dont on rencontre des types dans tous les bureaux, et qui n'ont d'autre plaisir que d'embêter leurs camarades; celui-là nous a embêtés et nous embêtera tant que nous n'aurons pas, à tour de rôle, usé avec lui du procédé de Mr Barincq.
- Moi, je n'approuve pas le coup de poing, dit Jugu.
- Elle est bien bonne.
- Je parle en me mettant à la place de Mr Barincq.
- J'aurais cru que c'était en vous mettant à celle de Belmanières.
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