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Hector Malot - Anie

Madame Barincq, qui désirait passionnément ce mariage, et trouvait toutes les qualités au baron,
s'exaspérait de ces réponses:

- Crois-tu que cette attente soit agréable pour ce brave garçon?

- Que veux-tu que j'y fasse? si elle lui est trop cruelle, qu'il se retire.

- Au moins est-elle mortifiante pour lui; crois-tu qu'il n'a pas à souffrir de ta réserve, quand ce ne serait
que devant le capitaine?

- J'espère qu'il n'a pas pris le capitaine pour confident de ses projets; s'il l'a fait, tant pis pour lui.

Accepterait-elle, refuserait-elle le baron? c'était ce que le père et la mère se demandaient, et, comme ils
désiraient autant l'un que l'autre ce mariage, ils prenaient leurs dispositions pour le jour où ils auraient à

traiter les questions d'affaires et à fixer la dot.

Puisque le baron avait quarante mille francs de rente, ils voulaient que leur fille en eût autant, c'était leur
réponse à son désintéressement.

Mais, si ces quarante mille francs devaient leur être faciles à payer annuellement, ce ne serait que quand
les améliorations apportées à l'exploitation du domaine produiraient ce qu'on attendait d'elles, c'est-à-dire

quand les terres défrichées seraient toutes transformées en prairies, ce qui exigerait trois ans au moins. En

attendant, où trouver ces quarante mille francs?

C'était la question que Barincq étudiait assez souvent, en cherchant quelles parties de son domaine il
pourrait donner en garanties pour un emprunt.

Un jour qu'il se livrait à cet examen dans son cabinet, qui avait été celui de son frère, il tira les divers
titres de propriété se rapportant aux pièces de terre qu'il avait en vue, et se mit à les lire en notant leurs

contenances.

Pour cela il avait ouvert tous les tiroirs de son bureau, voulant faire un classement qui le satisfît mieux
que celui adopté par son frère.

Comme il avait complètement tiré un de ces tiroirs, il aperçut une feuille de papier timbré, qui avait dû
glisser sous le tiroir. Il la prit, et, comme au premier coup d'oeil il reconnut l'écriture de son frère, il se

mit à la lire.

«Je, soussigné, Gaston-Félix-Emmanuel Barincq (de Saint-Christeau),
demeurant au château de Saint-Christeau, commune de Ourteau

(Basses-Pyrénées) - déclare, par mon présent testament et acte de

dernière volonté, donner et léguer, comme en effet je donne et

lègue, à M. Valentin Sixte, lieutenant de dragons, en ce moment en

garnison à Chambéry, la propriété de tous les biens, meubles et

immeubles, que je posséderai au jour de mon décès. A cet effet,

j'institue mon dit Valentin Sixte mon légataire à titre universel.

Je veux et entends qu'en cette qualité de légataire mon dit Valentin

Sixte soit chargé de payer à mon frère Charles-Louis Barincq,

demeurant à Paris, s'il me survit, et à sa fille Anie Barincq, une

rente annuelle de six mille francs, ladite rente incessible et

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