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Hector Malot - Anie

- Je serais fâchée de sa demande.

- Il te plaît?

- J'en serais heureuse.

- Alors?

- Alors veux-tu répondre à mes questions, au lieu que je réponde aux tiennes?

Il fit un signe affirmatif.

- Avant tout, dis-moi si la question d'intérêt a été abordée entre vous.

- Elle l'a été.

- Sur quelle dot compte-t-il?

- Il n'en demande pas.

- Mais il en accepte une?

- C'est-à-dire...

- Laquelle?

- Ne crois pas que c'est pour ta fortune que le baron veut t'épouser: c'est pour toi; c'est parce que tu as
produit sur lui une profonde impression; c'est parce qu'il t'aime, je te rapporte ses propres paroles.

- Rapporte-moi aussi celles qui s'appliquent à la fortune.

- Pourquoi cette défiance?

- Parce que je ne veux épouser qu'un homme qui m'aimera, et qui ne cherchera pas une affaire dans notre
mariage. C'est bien le moins que notre fortune me serve à me payer ce mari-là.

- Précisément, le baron me paraît être ce mari.

- Alors répète.

Si tu veux vivre à la campagne, son revenu, qui est d'une quarantaine de mille francs, lui permet de
t'assurer une existence facile, sinon large et heureuse. Mais si la campagne ne te suffit pas, et si tu veux

Paris une partie de l'année, c'est à nous de te donner une dot, celle que nous voudrons, qui te permette de

faire face aux dépenses de la vie parisienne pendant trois mois, six mois, le temps que tu fixeras

toi-même d'après ton budget. Là-dessus il s'en remet à toi, et à nous. Est-ce le langage d'un homme qui

cherche une affaire? Je te le demande.

Au lieu de répondre, elle continua ses questions:

- De loin je vous observais de temps en temps, et j'ai vu qu'il parlait beaucoup, tandis que toi, tu écoutais;
cependant tu as dit quelque chose.

- Sans doute.

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