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Hector Malot - Anie

Des brins de foin étaient accrochés à ses cheveux ainsi qu'à sa blouse de toile bleue; elle ne prit même
pas la peine de les enlever.

Quand les paroles de politesses eurent été échangées avec le baron, tout le monde se rassit sur l'herbe.

- Me pardonnez-vous de vous déranger ainsi? dit d'Arjuzanx.

- Mais vous ne nous dérangez nullement; les bras de ma fille pas plus que les miens ne sont
indispensables à la rentrée de nos foins.

- Au moins s'y emploient-ils.

- Je trouve très amusant de jouer à la paysanne, dit Anie.

- Vous aimez la campagne, mademoiselle?

- Je l'adore.

Le baron parut ravi de cette réponse.

L'entretien continua; puis il languit; le baron paraissait préoccupé, peut-être même embarrassé; en tout
cas, il ne montrait pas son aisance habituelle; alors Anie s'éloigna sous prétexte d'un ordre à donner, et

rejoignit les faneuses qui avaient repris le travail.

Pendant plus d'une heure elle vit son père et le baron marcher à travers la prairie, allant jusqu'aux jardins,
puis revenant sur leurs pas, et comme le terrain était parfaitement plane sans aucune touffe d'arbuste, elle

pouvait suivre leurs mouvements: ceux du baron étaient vifs, démonstratifs, passionnés; ceux de son

père, réservés; évidemment, l'un parlait et l'autre écoutait.

Plusieurs fois, en les voyant revenir, elle crut que cette longue conversation avait pris fin, et que le baron
voulait lui faire ses adieux, mais toujours ils repartaient et les grands gestes continuaient.

A la fin, cependant, ils se dirigèrent vers elle de façon à ce qu'elle ne pût pas se tromper; alors elle alla
au-devant d'eux; cette fois c'était bien pour prendre congé d'elle.

Lorsqu'il eut disparu au bout de la prairie, Barincq dit à sa fille de laisser là sa fourche et de
l'accompagner, mais ce fut seulement quand il n'y eut plus d'oreilles curieuses à craindre qu'il se décida à

parler:

- Sais-tu ce que voulait M. d'Arjuzanx?

- Te parler de choses sérieuses, si j'en juge par sa pantomime.

- Te demander en mariage.

- Ah!

- C'est tout ce que tu me réponds?

- Je ne peux pas te dire que je suis profondément surprise de cette demande, ni que j'en suis ravie, ni que
j'en suis fâchée, alors je dis: ah! pour dire quelque chose.

- Il ne te plaît point?

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