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Hector Malot - Anie
fatigue dangereuse pour sa beauté, sinon pour sa santé; la fille, en suivant sur le visage de son père et dans son attitude les changements qui s'étaient produits en lui depuis leur installation à Ourteau, et qui se manifestaient par son air de vigueur et de bien-être, comme aussi par la sérénité de son regard.
Et souvent son premier mot, lorsqu'elle s'asseyait près de lui, était pour le complimenter:
- Tu sais que tu rajeunis?
- Comme toi tu embellis? Mais n'en doit-il pas être ainsi pour nous? Quand, pendant de longues années, on a vécu d'une façon absurde qui semble savamment combinée pour dévorer la vie au tirage forcé, n'est-il pas logique que le jour où l'on se conforme aux lois de la nature, l'organisme qui n'a pas éprouvé de trop graves avaries se repose tout seul et reprenne son fonctionnement régulier? Voilà pourquoi je suis si heureux de te voir accepter ces exercices un peu violents et ces fatigues qui ont manqué à ta première jeunesse; sois certaine que la médecine fera un grand pas le jour où elle ordonnera les bains de soleil et défendra les rideaux et les ombrelles.
- Ils m'amusent, ces exercices.
- N'est-ce pas?
- Il me semble que ça se voit.
- Je veux dire que tu ne regrettes pas l'existence que je vous impose.
- Je m'y suis si bien et si vite habituée que je n'en vois pas d'autre qu'on puisse prendre quand on a la liberté de son choix.
- Quelle différence entre aujourd'hui et il y a quelques mois!
- C'est en faisant cette comparaison que je me suis bien souvent demandé si les pauvres êtres courageux, mais aussi très malheureux qui acceptaient cette misère étaient vraiment les mêmes que ceux qui habitent ce château?
- Ne pense plus au passé.
- Pourquoi donc? N'est-ce pas précisément le meilleur moyen pour apprécier la douceur de l'heure présente? Ce n'est pas seulement quand je suis assise, comme en ce moment, avec cette vue incomparable devant les yeux, au milieu de cette belle campagne, respirant un air embaumé, m'entretenant librement avec toi, que je sens tout le charme de la vie heureuse qu'un coup de fortune nous a donnée; c'est encore quand, dans la tranquillité et l'isolement du matin, je travaille à une étude et que je compare ce que je fais maintenant à ce que je faisais autrefois et surtout aux conditions dans lesquelles je le faisais, avec les luttes, les rivalités, les intrigues, les fièvres de l'atelier; si je t'avais conté mes humiliations, mes tristesses, mes journées de rage et de désespoir, comme tu aurais été malheureux!
- Pauvre chérie!
- Je ne te dis pas cela pour que tu me plaignes, d'autant mieux que l'heure des plaintes est passée; mais simplement pour que tu comprennes le point de vue auquel j'envisage le bonheur que nous devons à l'héritage de mon oncle. Et ces comparaisons je les fais pour toi comme pour moi; pour l'atelier Julian, comme pour les bureaux de l'Office cosmopolitain où tu avais à subir les stupidités de M. Belmanières et l'arrogance de M. Chaberton. Hein! si nous étions rejetés, toi dans ton bureau, maman rue
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