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Hector Malot - Anie

aimable.

- Un brave et honnête garçon, très droit, très franc.

- Je comprends que mon beau-frère se soit pris pour lui d'une vive affection, continua madame Barincq,
curieuse d'obtenir des renseignements sur les relations qui avaient existé entre le capitaine et celui qu'on

lui donnait pour père.

Mais le baron, qui ne voulait pas se laisser attirer sur ce terrain, se contenta de répondre par un sourire
vague.

- Cependant, si vive que soit l'amitié, poursuivit madame Barincq, elle ne peut pas aller jusqu'à supprimer
les liens de famille.

Le baron accentua son sourire.

- Aussi puis-je difficilement admettre que le capitaine ait cru, comme on a dit, qu'il serait l'héritier de M.
de Saint-Christeau.

Comme le baron ne répondait pas, elle insista:

- Pensez-vous que telle ait été son espérance?

- Je n'ai aucune idée là-dessus. Sixte ne m'en a jamais parlé, et bien entendu je ne lui en ai pas parlé
moi-même. Tout ce que je puis affirmer, c'est que Sixte n'est pas du tout un homme d'argent; et si,

comme on le dit, il a pu avoir certaines espérances de ce côté, ce que j'ignore d'ailleurs, je suis convaincu

que leur perte ne l'aura touché en rien: il est au-dessus de ces choses.

- Il me semble, interrompit Anie pour détourner l'entretien, que s'il est tel que vous le représentez, il
réunit en lui les qualités avec lesquelles on fait le type du parfait soldat.

- Mon Dieu, oui, mademoiselle; seulement, si ce type était vrai hier, il n'est plus tout à fait aussi vrai
aujourd'hui.

- Je ne comprends pas bien.

- C'est que, ne vivant pas dans le monde militaire, vous ne suivez pas les changements qui sont en train
de s'y accomplir. Il y a quelques années, l'indifférence pour l'argent était à peu près la règle générale chez

l'officier, comme le mariage était l'exception; et, à cette époque, le désintéressement entrait pour une

bonne part dans le type de ce parfait soldat qui alors ne mettait pas ses satisfactions et ses ambitions dans

la fortune. Mais le mariage, maintenant si fréquent dans l'armée, a changé ces moeurs. En se voyant

demandé par les familles riches, et même poursuivi, l'officier a accordé à l'argent une importance qui

n'existait pas pour ses devanciers; et ils ne sont pas rares aujourd'hui ceux qui répondent, lorsqu'on leur

parle d'une jolie fille: «Ça apporte?» La fortune, en s'introduisant dans les régiments, a créé des besoins,

et, par conséquent, des exigences qu'on ne soupçonnait pas il y a vingt ans. Sixte, bien que jeune,

n'appartient pas à ce nouveau type, qui tend de plus en plus à remplacer l'ancien, et qui, d'ici peu de

temps, aura complètement changé l'esprit et les moeurs de l'armée; et bien que capitaine de cavalerie,

bien que breveté, ce qui double sa valeur marchande, je suis sûr que, s'il se marie jamais, la fortune ne

sera pour lui que l'accessoire.

- Alors, c'est tout à fait un héros? dit Anie.

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