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Hector Malot - Anie

hommages, ainsi qu'à madame et à mademoiselle de Saint-Christeau.

Ce fut madame Barincq qui répondit en invitant le baron à s'asseoir: des chaises furent apportées par le
capitaine, un cercle se forma.

Le baron d'Arjuzanx parla de son père, Barincq de ses souvenirs de collège, et la conversation ne tarda
pas à s'animer. Habitué de Biarritz, le baron connaissait tout le monde, et à mesure que les femmes

défilaient devant eux pour entrer dans la mer ou remonter à leur cabines il les nommait, en racontant les

histoires qui couraient sur elles: Espagnoles, Russes, Anglaises, Américaines, toutes y passèrent, et

quand elles lui manquèrent il tira d'un carnet toute une série de petites épreuves obtenues avec un

appareil instantané qui complétèrent sa collection. Si plus d'un modèle vivant prêtait à la plaisanterie, les

photographies, en exagérant la réalité, avaient des aspects bien plus drôlatiques encore: il y avait là des

Espagnoles dont les caoutchoucs dans lesquels elles s'enveloppaient rendaient la grosseur phénoménale,

comme il y avait des Russes saisies au moment où elles sortaient rapidement de leurs chaises à porteur,

d'une maigreur et d'une longueur invraisemblables.

- Je vois qu'il est bon d'être de vos amies, dit Anie.

- Il est des personnes qui n'ont pas besoin d'indulgence.

Ce fut madame Barincq qui répondit à ce compliment par son sourire le plus gracieux, fière du succès de
sa fille.

Plusieurs fois le capitaine parut vouloir se lever, mais le baron ne répondit pas à ses appels, et resta
solidement sur sa chaise, bavardant toujours, regardant Anie, se faisant inviter à Ourteau, et invitant

lui-même M. et madame de Saint-Christeau à lui faire l'honneur de venir voir son vieux château de

Seignos: avec de bons chevaux on pouvait faire le voyage dans la journée sans fatigue.

- Avez-vous lu le Capitaine Fracasse, mademoiselle? demanda-t-il à Anie.

- Oui.

- Eh bien, vous retrouverez dans ma gentilhommière plus d'un point de ressemblance avec celle du baron
de Sigognac, quand ce ne serait que les deux tours rondes avec leurs toits en éteignoirs. A la vérité ce

n'est pas tout à fait le château de la Misère, si curieusement décrit par Théophile Gautier, mais il n'y a

que la misère qui manque; pour le reste, vous vous reconnaîtrez: très conservateurs, les d'Arjuzanx, car il

n'y a pas eu grand'chose de changé chez nous depuis Louis XIII. Et puis, vous verrez mes vaches.

- Ah! vous avez des vaches! Combien vous donnent-elles de lait en moyenne? interrompit madame
Barincq qui, à force d'entendre parler de lait, de beurre, de veaux, de vaches, de porcs, d'herbe, de maïs,

de betteraves, s'imaginait avoir acquis des connaissances spéciales sur la matière.

Le baron se mit à rire:

- C'est de vaches de courses qu'il s'agit, non de vaches laitières.

- A Ourteau, continua Barincq, mes vaches nous donnent une moyenne de 1,500 litres.

- Vous êtes sur une terre riche, je suis sur une terre pauvre, aux confins de la Lande rase où la plaine de
sable rougeâtre ne produit guère que des bruyères, des ajoncs, des genêts ou des fougères; mais, si

pauvres laitières qu'elles soient, elles ont cependant quelques mérites, et si vous voulez aller dimanche à

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