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Hector Malot - Anie

- Mardi, dit-il, je serai à Puyoo à 3 heures 55.

Comme il allait se retirer, après avoir salué madame Barincq et Anie, Barincq lui tendit la main.

- A mardi.

Le capitaine rejoignit son compagnon.

C'était l'habitude de madame Barincq d'interroger sa fille sur toutes choses et sur tout le monde, ne se
faisant une opinion qu'avec les impressions qu'elle recevait.

- Eh bien, demanda-t-elle aussitôt que le capitaine se fut éloigné de quelques pas, comment le trouves-tu?
Tu ne diras pas cette fois que tu ne l'as pas remarqué.

- Je le trouve très bien.

- Que vois-tu de bien en lui? continua madame Barincq.

- Mais tout; il est beau et il a l'air intelligent; la voix est bien timbrée, les manières sont faciles et
naturelles; la physionomie respire la droiture et la franchise; je ne connais pas de militaires, mais quand

j'en imaginais un, d'après un type que j'arrangeais, il n'était ni autre ni mieux que celui-là; ni vain, ni

prétentieux, ni gonflé, ni vide.

- Es-tu satisfaite? demanda Barincq à sa femme, si tu voulais un portrait, en voilà un.

- On dirait qu'il te fait plaisir.

- Pourquoi pas? Non seulement le capitaine m'est sympathique, mais encore je le plains.

- La voix du sang.

- Pourquoi ne parlerait-elle pas?

- Parce qu'il faudrait qu'elle fût inspirée par la certitude, et que cette certitude n'existe pas.

- Voilà précisément qui rend la situation intéressante.

Anie les interrompit:

- Ils reviennent, dit-elle, et il semble que c'est pour nous aborder.

- Que peut-il vouloir encore? demanda madame Barincq.

Ils n'étaient plus qu'à quelques pas, tous deux en même temps mirent la main à leur chapeau, mais ce fut
le capitaine qui prit la parole:

- Mon ami le baron d'Arjuzanx, dit-il, désire avoir l'honneur de vous être présenté.

- J'ai pensé que mon nom expliquerait et, jusqu'à un certain point, excuserait ce désir, dit le baron.

- Vous êtes le fils d'Honoré? demanda Barincq.

- Précisément, votre camarade au collège de Pau, comme j'ai été celui de Sixte; mon père m'a si souvent
parlé de vous et en termes tels que j'ai cru que c'était un devoir pour moi de vous présenter mes

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