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Hector Malot - Anie

- Trois cents vaches!

- Qui me donnent une moyenne de quatre cent cinquante mille litres de lait par an, ou douze à treize cents
litres par jour.

- Et qu'en fais-tu de cette mer de lait?

- Du beurre. C'est précisément pour que tu te rendes compte de mon projet que je t'ai amenée ici. Pour
loger mes vaches, au moins quand elles ne sont pas encore très nombreuses, j'ai les bâtiments

d'exploitation qui, dans le commencement, me suffisent, mais je n'ai pas de laiterie pour emmagasiner

mon lait et faire mon beurre; c'est ici que je la construis, sur ce terrain à l'abri des inondations et à

proximité d'une chute d'eau, ce qui m'est indispensable. En effet, je n'ai pas l'intention de suivre les vieux

procédés de fabrication pour le beurre, c'est-à-dire d'attendre que la crème ait monté dans des terrines et

de la battre alors à l'ancienne mode; aussitôt trait, le lait est versé dans des écrémeuses mécaniques qui,

tournant à la vitesse de 7,000 tours à la minute, en extraient instantanément la crème; on la bat aussitôt

avec des barattes danoises; des délaiteuses prennent ce beurre ainsi fait pour le purger de son petit lait;

des malaxeurs rotatifs lui enlèvent son eau; enfin des machines à mouler le compriment et le mettent en

pains. Tout cela se passe, tu le vois, sans l'intervention de la main d'ouvriers plus ou moins propres. Ce

beurre obtenu, je le vends à Bordeaux, à Toulouse; l'été dans les stations d'eaux: Biarritz, Cauterets,

Luchon; l'hiver je l'expédie jusqu'à Paris. Mais le beurre n'est pas le seul produit utilisable que me

donnent mes vaches.

Elle le regarda avec un sourire tendre.

- Il me semble, dit-elle, que tu récites la fable de la Laitière et le pot au lait.

- Précisément, et nous arrivons, en effet, au cochon.

Le porc à s'engraisser coûtera peu de son

et même il n'en coûtera pas du tout. Après la séparation de la crème et du lait il me reste au moins douze
cents litres de lait écrémé doux avec lequel j'engraisse des porcs installés dans une porcherie que je fais

construire au bout de cette prairie le long de la grande route, où elle est isolée. Pour ces porcs, je procède

à peu près comme pour mes vaches, c'est-à-dire qu'au lieu d'essayer des porcs anglais du Yorkshire ou du

Berkshire, je croise ces races avec notre race béarnaise et j'obtiens des bêtes qui joignent la rusticité à la

précocité. Tu connais la réputation des jambons de Bayonne; à Orthez se fait en grand le commerce des

salaisons; je ne serai donc pas embarrassé pour me débarrasser dans de bonnes conditions de mes

cochons, qui, engraissés avec du lait doux, seront d'une qualité supérieure. Voilà comment, avec mon

beurre, mes veaux et mes porcs je compte obtenir de cette propriété un revenu de plus de trois cent mille

francs, au lieu de quarante mille qu'elle donne depuis un certain nombre d'années. Mes calculs sont

établis, et, comme j'ai eu à étudier une affaire de ce genre à l'Office cosmopolitain, ils reposent

sur des chiffres certains. Que de fois, en dessinant des plans pour cette affaire, ai-je rêvé à sa réalisation,

et me suis-je dit: «Si c'était pour moi!» Voilà que ce rêve peut devenir réalité, et qu'il n'y a qu'à vouloir

pour qu'il soit le nôtre.

- Mais l'argent?

- Il y a dans la succession des valeurs qu'on peut vendre pour les frais de premier établissement, qui,
d'ailleurs, ne sont pas considérables: trois cents vaches à 450 francs l'une coûtent 135,000 francs; les

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