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Hector Malot - Anie

- Voilà les Pyrénées, dit-il; de ce dernier pic à gauche, celui d'Anie, jusqu'à ces sommets à droite, ceux de
la Rhune et des Trois-Couronnes, c'est le pays basque - le nôtre.

Elle resta assez longtemps silencieuse, les yeux perdus dans ces profondeurs vagues, puis les abaissant
sur son père:

- A ne connaître rien, dit-elle, il y a au moins cet avantage que la première chose grande et belle que je
voie est notre pays; je t'assure que l'impression que j'en emporterai sera assez forte pour ne pas s'effacer.

- N'est-ce pas que c'est beau? dit-il tout fier de l'émotion de sa fille.

Mais madame Barincq coupa court à cette effusion:

- Tiens, voilà notre château, dit-elle en montrant la vallée au bas de la colline, au bord de ce ruban
argenté qui est le Gave, cette longue façade blanche et rouge.

- Mais il a grand air, vraiment?

- De loin, dit-elle dédaigneuse.

- Et de près aussi, tu vas voir, répondit Barincq.

- Je voudrais bien voir le plus tôt possible, dit madame Barincq, j'ai faim.

La côte fut vivement descendue, et quand après avoir traversé le village où l'on s'était mis sur les portes,
la calèche arriva devant la grille du château grande ouverte, la concierge annonça son entrée par une

vigoureuse sonnerie de cloche.

- Comment! on sonne? s'écria Anie.

- Mais oui, c'était l'usage, du temps de mon père et de Gaston, je n'y ai rien changé.

C'était aussi l'usage que Manuel répondît à cette sonnerie en se trouvant sur le perron pour recevoir ses
maîtres, et, quand la calèche s'arrêta, il s'avança respectueusement pour ouvrir la portière.

- Voulez-vous déjeuner tout de suite? demanda Barincq.

- Je crois bien, je meurs de faim, répondit madame Barincq.

Quand Anie entra dans la vaste salle à manger dallée de carreaux de marbre blanc et rose, lambrissée de
boiseries sculptées, et qu'elle vit la table couverte d'un admirable linge de Pau damassé sur lequel

étincelaient les cristaux taillés, les salières, les huiliers, les saucières en argent, elle eut pour la première

fois l'impression du luxe dans le bien-être; et, se penchant vers son père, elle lui dit en soufflant ses

paroles:

- C'est très joli, la richesse.

Ce qui fut joli aussi et surtout agréable, ce fut de manger tranquillement des choses excellentes, sans
avoir à quitter sa chaise pour aller, comme dans la bicoque de Montmartre, chercher à la cuisine un plat

ou une assiette, ou remplir à la fontaine la carafe vide, en habit noir, ganté, Manuel faisait le service de la

table, silencieusement, sans hâte comme sans retard, et si correctement qu'il n'y avait rien à lui demander.

Pour la première fois aussi lui fut révélé le plaisir qu'on peut trouver à table, non dans la gourmandise,

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