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Hector Malot - Anie
rives encaissées.
C'est une rivière comme une autre, dit madame Barincq, il n'y a que le nom de changé.
- C'est que, précisément, le nom peint la chose, répondit Barincq, gave vient de cavus, qui signifie creux.
- Et cette propriété, demanda madame Barincq, que vaut-elle présentement?
- Je n'en sais rien.
- Que rapporte-t-elle?
- Environ 40,000 francs.
- Trouverait-on acquéreur pour un million?
- Je l'ignore.
- Tu ne t'es pas inquiété de cela?
- A quoi bon!
- Comment, à quoi bon?
- Cherche-t-on un acquéreur quand on n'est pas vendeur?
- Tu voudrais la garder?
- Tu ne voudrais pas la vendre, je pense?
- Mais...
- Tout nous oblige à la conserver et à l'exploiter pour le mieux de nos intérêts; si elle rapporte 2 0/0 en ce moment, elle peut en rapporter 10 ou 12 un jour.
Stupéfaite, elle le regarda:
- Certainement, dit-elle, je ne te fais pas de reproches, mon pauvre ami, mais, après vingt années comme celles que je viens de passer, il me semble que j'ai droit à un changement d'existence.
- Passer de notre bicoque de Montmartre au château d'Ourteau, n'en est-il pas un en quelque sorte féerique?
- Est-ce à Ourteau que tu trouveras à marier Anie?
- Pourquoi pas?
Jusque-là Anie n'avait rien dit, mais, comme toujours, lorsqu'un différend s'élevait entre son père et sa mère, elle essaya d'intervenir:
- Je demande qu'il ne soit pas question de mon mariage, dit-elle, et qu'on ne s'en préoccupe pas; ce que cet héritage inespéré a de bon pour moi, c'est de me rendre ma liberté; maintenant je peux me marier quand je voudrai, avec qui je voudrai, et même ne pas me marier du tout, si je ne trouve pas le mari qui
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