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Hector Malot - Anie

de la chambre de Gaston, restèrent sans résultat. A cinq heures de l'après-midi tout avait été fouillé, aussi
bien dans le cabinet de travail que dans la chambre, et il ne restait pas d'autres pièces où l'on pût trouver

des papiers.

- Décidément il n'existe pas de testament, dit le notaire en tendant la main à son camarade.

- M. de Saint-Christeau portait trop haut le respect de la famille, dit le juge de paix, pour ne pas
l'observer.

- Ce qui n'empêche pas qu'il y a eu un testament, répliqua le notaire.

- Ne peut-il pas avoir été détruit?

- Il faut bien qu'il l'ait été, puisque nous ne le trouvons pas.

- En vous reprenant le testament qu'il vous avait confié, dit le greffier, M. de Saint-Christeau a montré
que ce testament ne répondait plus à ses intentions.

- Évidemment.

- Donc il a voulu le détruire.

- Ou le modifier.

- S'il avait voulu le modifier, trois hypothèses se présentaient: ou bien il vous confiait ce testament
modifié; ou bien il le remettait au capitaine; ou bien il le plaçait dans son bureau. Puisqu'il ne vous l'a pas

confié, puisqu'il ne l'a pas remis au capitaine, puisque nous ne le trouvons pas, c'est qu'il n'existe pas, et,

pour moi, il est prouvé qu'après la destruction du premier testament, il n'en a point été fait d'autres.

XII

Aussitôt Barincq télégraphia à sa femme et à sa fille de venir le rejoindre, et quand elles arrivèrent à
Puyoo, elles le trouvèrent au-devant d'elles, avec la vieille calèche, pour les emmener au château.

Elles étaient en grand deuil, et, pour la première fois, Anie portait une robe l'habillant à son avantage,
sans avoir eu l'ennui de la tailler et de la coudre elle-même, après mille discussions avec sa mère.

Il les fit monter en voiture, et prit la place à reculons:

- Tu verras les Pyrénées, dit-il à Anie.

- A partir de Dax, j'ai aperçu leur silhouette vaporeuse.

- Maintenant tu vas vraiment les voir, dit-il avec une sorte de recueillement.

- Voilà-t-il pas une affaire; interrompit madame Barincq.

- Mais oui, maman, c'en est une pour moi.

Son père la remercia d'un sourire heureux qui disait sa satisfaction d'être en accord avec elle.

- Voilà le Gave de Pau, dit-il quand la calèche s'engagea sur le pont.

- Mais c'est très joli un gave, dit Anie, regardant curieusement les eaux tumultueuses roulant dans leurs

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