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Hector Malot - Anie

Aussitôt que le notaire eut reçu cette lettre, il la porta à son ancien camarade.

- Voici le moyen que j'ai employé pour demander au capitaine s'il avait un testament, sans le lui
demander franchement; sa réponse prouve qu'il n'en a pas, et, me semble-t-il, qu'il ignore s'il en existe

un; c'est quelque chose cela.

- Assurément; cependant le bureau et le secrétaire de Gaston n'ont pas livré leur secret.

- Ils le livreront demain.

En effet, le lendemain matin, à neuf heures, le juge de paix, assisté de son greffier, se rendit au château
avec Rébénacq pour procéder à la levée des scellés ainsi qu'à l'inventaire, et, bien que les uns et les autres

dussent être, par un long usage de leur profession, cuirassés contre les émotions, ils avaient également

hâte de voir ce que le bureau-secrétaire et les casiers du cabinet de travail de M. de Saint-Christeau

allaient leur révéler.

Renfermaient-ils ou ne renfermaient-ils point un testament en faveur du capitaine Sixte?

Cependant, ce ne fut pas par l'ouverture de ces meubles qu'on commença, la forme exigeant qu'on
procédât d'abord à l'intitulé; mais, comme il était des plus simples, il fut vite dressé, et le juge de paix put

enfin reconnaître si les scellés par lui apposés étaient sains et entiers; cette constatation faite, la clé fut

introduite dans la serrure du tiroir principal.

- J'estime que, s'il existe un testament, dit le notaire, il doit se trouver dans ce tiroir où Gaston rangeait
ses papiers les plus importants.

- C'était là aussi que mon père plaçait les siens, dit Barincq.

- Procédons à une recherche attentive, dit le juge de paix.

Mais, si attentive que fût cette recherche, elle ne fit pas trouver le testament.

Sans se permettre de toucher à ces papiers Barincq se tenait derrière le notaire et, penché par-dessus son
épaule, il le suivait dans son examen, le coeur serré, les yeux troubles; personne ne faisait d'observation

inutile, seul le notaire de temps en temps énonçait la nature de la pièce qu'il venait de parcourir: quand

elle était composée de plusieurs feuilles, il les tournait méthodiquement de façon à ne pas laisser passer

inaperçu ce qui aurait pu se trouver intercalé entre les pages.

A la fin, ils arrivèrent au fond du tiroir.

- Rien, dit le notaire.

- Rien, répéta le juge de paix.

Ils levèrent alors les yeux sur Barincq et le regardèrent avec un sourire qui lui parut un encouragement à
espérer en même temps qu'une félicitation amicale.

Il se pourrait qu'il n'existât pas de testament, dit le notaire.

- Cela se pourrait parfaitement, répéta le juge de paix.

- Je commence à le croire, dit le greffier qui ne s'était pas encore permis de manifester une opinion.

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