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Hector Malot - Anie

- Et ta femme?

- N'as-tu pas une fille?

- Elle s'appelle Anie.

- Alors tu as gardé les traditions de la famille.

- Et le souvenir du pays.

De nouveau, les mains s'étreignirent.

Le revirement fut si complet, qu'après avoir exprimé des regrets pour la brouille survenue entre les deux
frères, on en vint à blâmer Gaston qui avait persisté dans sa rancune.

- C'était là une des faiblesses de son caractère, dit l'un des Barincq de Mauléon.

- Les relations de famille doivent reposer sur l'indulgence, dit un autre.

- Cette indulgence doit être réciproque, appuya l'aîné des Pédebidou.

Ce n'est pas seulement sur l'indulgence que ces relations doivent reposer, c'est aussi sur la solidarité. En
vertu de ce principe, deux des cousins, ceux à qui leur âge et leur position donnaient l'autorité la plus

haute, l'attirèrent dans un coin du salon.

- Tu sais les relations qui existaient entre ton frère et un certain capitaine de dragons?

- J'ai vu Rébénacq.

Tous deux en même temps, lui prirent les mains, l'un la gauche, l'autre la droite, et les serrèrent
fortement.

- Qu'on établisse ses bâtards, dit l'un, rien de plus juste; je blâme les pères qui, dans notre position,
laissent leurs enfants naturels devenir les fils des vagabonds, les filles des gueuses, mais qu'on fasse cet

établissement au détriment de la famille légitime, c'est ce que je n'admets pas.

- C'est ce que nous blâmons, dit l'autre.

- Crois bien que nous sommes avec toi, et que nous te plaignons.

- Sois certain aussi que tu peux compter sur nous, pour montrer à cet intrigant le mépris que nous
inspirent ses manoeuvres.

De nouveaux arrivants interrompirent cet entretien intime, il fallut revenir à la cheminée, et les recevoir,
leur tendre la main, trouver un mot à leur dire.

C'était la troisième fois qu'à cette place il assistait à ce défilé de parents, d'amis, de voisins ou
d'indifférents, qui constitue le personnel d'un bel enterrement: la première pour sa mère quand il était

encore enfant; la seconde pour son père, à la gauche de son frère, et maintenant tout seul, pour celui-ci:

même obscurité, même murmure de voix étouffées, même tristesse des choses dans ce salon, où rien

n'avait changé, et où les vieux portraits sombres qui faisaient des taches noires sur les verdures pâlies, et

qu'il avait toujours vus, semblaient le regarder comme pour l'interroger.

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