bibliotheq.net - littérature française
 

Hector Malot - Anie

à toi ou à ta fille, ce qu'il vous devait, il peut aussi l'avoir modifié dans un sens tout opposé, comme il
peut aussi l'avoir tout simplement supprimé.

- Y a-t-il dans ses relations avec le capitaine quelque chose qui te puisse faire croire à cette suppression?

- Rien du tout, et même je dois dire que ces relations sont devenues plus suivies qu'elles n'étaient quand
Sixte passé capitaine a été nommé officier d'ordonnance du général Harraca qui commande à Bayonne,

ce qui lui a permis de venir à Ourteau très souvent; j'ajoute encore que ce choix a été inspiré par Gaston

qui était l'ami du général.

- Alors cette hypothèse de la suppression du testament est peu vraisemblable?

- Sans doute; mais cela ne veut pas dire qu'il faille l'écarter radicalement. Je t'ai expliqué que Gaston
avait toujours eu des doutes sur sa paternité, ce qui fait que, dans ses rapports avec l'enfant de Léontine

Dufourcq, il a varié entre l'affection et la répulsion; en certains moments, plein de tendresse pour son fils,

dans d'autres ne regardant qu'avec horreur ce fils d'Arthur Burn. Qui sait si le jour où il m'a redemandé le

testament, il n'était pas dans un de ces moments d'horreur? Une disposition morale peut aussi bien avoir

provoqué cette horreur qu'une découverte décisive par témoignage, lettre ou toute autre information à

laquelle il aurait ajouté foi.

- Mais ses relations avec le capitaine ne permettent pas cette supposition, me semble-t-il?

- Le capitaine n'est pas venu au château depuis que Gaston m'a redemandé son testament; et, ce jour-là,
pendant les quelques minutes que ton frère est resté dans ce cabinet d'où il semblait pressé de sortir, je

l'ai trouvé très troublé: tu vois donc qu'il faut admettre cette supposition, si peu sérieuse qu'elle puisse

paraître, comme il faut admettre tout, même que le capitaine va nous arriver avec un bon testament en

poche.

- J'admets cela très bien.

- En tout cas, nous serons bientôt fixés. Pour plus de sûreté, j'ai fait, à ta requête, apposer les scellés; nous
les lèverons dans trois jours, et alors nous trouverons le testament, s'il y en a un. En attendant, en ta

qualité de plus proche parent, tu vas être le maître dans ce château. C'est en ton nom que j'ai tout

ordonné, depuis le service à l'église jusqu'au dîner commandé pour recevoir convenablement ceux des

invités qui, venant de loin, n'auraient rien trouvé à Ourteau, particulièrement vos parents d'Orthez, de

Mauléon et de Saint-Palais qui, certainement, vont arriver d'un moment à l'autre.

- Laisse-moi te remercier encore une fois; tu as agi dans ces tristes circonstances comme un parent.

- Simplement comme un notaire.

- Il n'y en a plus de ces notaires.

- Aux environs de Paris, on dit cela, peut-être, mais je t'assure que chez nous il s'en trouve qui sont les
amis de leurs clients. Puisque ce mot est dit, veux-tu me permettre d'en ajouter un autre?

Il parut embarrassé.

- Parle donc.

- Le voilà, dit-il en ouvrant un des tiroirs de son bureau, c'est que si pour tenir ton rang tu avais besoin

< page précédente | 47 | page suivante >

 
La plupart des textes et des images de ce site font partie du domaine public. Les droits d'auteur pour la présentation des matériaux
et le design du site appartiennent à bibliotheq.net. Toute suggestion et correction est la bienvenue.