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Hector Malot - Anie

Cependant, j'envoie chercher le médecin, qui ne peut que constater la mort causée par une embolie; un
caillot formé au moment de la poussée des anthrax ou de la formation des abcès de la jambe a été

entraîné dans la circulation et a obstrué une artère.

- La mort a été foudroyante?

- Absolument.

Il s'établit un moment de silence, et le notaire, ému lui-même par son récit, ne fit rien pour distraire la
douleur de son ancien camarade, qu'il voyait profonde; enfin il reprit:

- Je t'ai dit que Gaston s'était montré en ces dernières années triste et sombre; je dois revenir là-dessus,
car ce point est pour toi d'un intérêt capital; mais, quel que soit mon désir de l'éclaircir, je ne le pourrai

pas, attendu que pour beaucoup de choses j'en suis réduit à des hypothèses, et que tous les raisonnements

du monde ne valent pas des faits; or, les faits précis me manquent. Bien que, comme je te l'ai dit, Gaston

ne m'ait jamais fait de franches confidences, les causes de son chagrin et de son inquiétude ne sont pas

douteuses pour moi: elles provenaient pour une part de votre rupture, pour une autre d'un doute qui a

empoisonné sa vie.

- Un doute?

- Celui qui portait sur la question de savoir s'il était ou n'était pas le père du capitaine Sixte.

- Comment...

- Nous allons arriver au capitaine tout à l'heure; vidons d'abord ce qui te regarde. Si tu as été affecté de la
rupture avec ton frère, lui n'en a pas moins souffert, et peut-être même plus encore que toi, attendu que,

tandis que tu étais passif, il était actif; tu ne pouvais que supporter cette rupture, lui pouvait la faire

cesser, n'ayant qu'un mot à dire pour cela, et luttant par conséquent pour savoir s'il le dirait ou ne le dirait

pas; j'ai été le témoin de ces luttes; je puis t'affirmer qu'il en était très malheureux; positivement, elles ont

été le tourment de ses dernières années.

- Nous nous étions si tendrement aimés.

- Et il t'aimait toujours.

- Comment ne s'est-il pas laissé toucher par mes lettres?

- C'est qu'à ce moment il payait les intérêts de la somme dont il avait répondu pour toi, et que l'ennui de
cette dépense le maintenait dans son état d'exaspération et son ressentiment.

- Pour lui, cette dépense était cependant peu de chose.

- Il faut que tu saches, et je peux le dire maintenant, que précisément, lorsque les échéances des intérêts
de la garantie arrivèrent, Gaston venait de perdre une grosse somme dans un cercle à Pau qu'il ne put

payer qu'en empruntant. Cela embrouilla ses affaires; il se trouva gêné. Il le fut bien plus encore quand,

par suite du phylloxera d'abord et du mildew ensuite, le produit de ses vignes fut réduit à néant. Un autre

à sa place eût sans doute essayé de combattre ces maladies; lui, ne le voulut pas; c'étaient des dépenses

qu'il prétendait ne pas pouvoir entreprendre, et cela par ta faute, disait-il. La vérité est qu'il ne croyait pas

à l'efficacité des remèdes employés ailleurs, et que, par apathie, obstination, il laissait aller les choses; et,

en attendant que le hasard amenât un changement, il rejetait la responsabilité de son inertie sur ceux qui

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