mis en état.
- Si tu prends le parti de ton père, je n'ai plus rien à dire. Adieu.
Sans un mot de plus elle quitta le hall pour monter au premier étage.
- N'emportes-tu rien? demanda Anie lorsqu'elle fut seule avec son père.
- J'ai fait ma valise cette nuit et l'ai descendue je vais mettre mon habit dedans et serai prêt à partir.
- Sans déjeuner?
- Barnabé m'a dit qu'il ne restait rien.
- Je vais te faire du café; pendant ce temps, la porteuse de pain arrivera.
Comme elle se dirigeait vers la cuisine, il l'arrêta:
- Tu ne vas pas allumer le feu, habillée comme tu l'es?
- Ma robe n'a plus grand'chose à craindre, dit-elle en se regardant.
En effet, elle était en lambeaux, déchirée aux entournures et surtout à la taille par les doigts gros des
danseurs.
- Elle a le feu à craindre, dit-il.
- Eh bien, je me déshabille et reviens tout de suite.
- Tu ferais mieux de te coucher.
- Crois-tu que je sois fatiguée pour une nuit passée à danser? A mon âge, cela serait honteux.
Quand elle redescendit, elle trouva son père, qui avait revêtu ses vêtements de tous les jours, en train de
boucler sa valise. Vivement elle alluma un feu de braise et mit dessus une bouillotte d'eau; puis elle
ouvrit la porte du jardin.
- Où vas-tu? demanda-t-il.
- J'ai mon idée.
Elle revint presque aussitôt, tenant d'un air triomphant un oeuf dans chaque main.
- Il me semblait bien avoir entendu les poules chanter, dit-elle; au moins tu ne partiras pas à jeun; deux
oeufs frais, une bonne tasse de café, te remettront un peu des fatigues de cette nuit, d'autant plus dures
pour toi qu'elles s'ajoutaient à ton chagrin. Pauvre père, je t'assure que je t'ai plaint de tout mon coeur, et
que plus d'une fois je me suis reproché le supplice que je t'imposais en te faisant jouer ces airs de danse
qui exaspéraient ta douleur.
- Au moins t'es-tu amusée?
- Je devrais te dire oui, mais cela ne serait pas vrai.