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Hector Malot - Anie

Bien que Sixte n'en voulût pas à sa belle-mère, il n'en persista pas moins dans son idée de rembourser ces
soixante-cinq mille francs au moyen d'une retenue sur la pension qu'on leur servait. Ce fut ce qu'il

expliqua le soir à sa femme en rentrant à Bayonne.

- Tu serais le mari pauvre de mademoiselle Barincq riche, dit-elle, que je trouverais tes scrupules
exagérés, tu comprends donc que je ne peux pas partager ceux d'un mari riche qui a épousé une fille

pauvre et qui n'aurait qu'un mot à dire pour prendre ce qu'il veut bien demander. Mais, enfin, il suffit que

tu tiennes à ce remboursement pour que je le veuille avec toi. Je t'assure que dépenser dix mille francs de

plus ou de moins par an est tout à fait insignifiant pour moi: nous nous arrangerons pour faire cette

économie.

En rentrant, Sixte trouva une lettre de d'Arjuzanx arrivée en leur absence, et il la donna tout de suite à lire
à sa femme:

«Mon cher camarade,

Je pars pour Paris, d'où je ne reviendrai que dans huit jours; ne te
gêne donc en rien pour moi; prends ton temps, ces huit jours et

tous ceux que tu voudras.

Amitiés,

D'ARJUZANX.»

- Tu vois, dit Sixte.

- Quoi?

- Que d'Arjuzanx n'est pas ce que tu crois.

- Je vois que cet ami a joué contre toi d'autant plus gros jeu que tu étais moins en veine.

- A sa place tout joueur en eût fait autant.

- Donc, c'est en joueur qu'il faut le traiter, non en ami.

VIII

En faisant cette observation, Anie avait une intention secrète, qui était d'envoyer tout simplement au
baron les soixante-cinq mille francs, le jour de son retour à Biarritz.

Mais Sixte n'accepta pas cette combinaison:

- En me prêtant vingt-cinq mille francs, d'Arjuzanx a agi en ami, dit-il; à ce titre je lui dois des égards,
auxquels je manquerais en lui envoyant sèchement son argent.

Il n'y avait pas à répliquer; tout ce qu'elle put obtenir, ce fut que Sixte, au lieu d'aller à Biarritz dans la
soirée, y allât dans l'après-midi, avant le dîner, ce qui abrègerait sa visite.

Il n'était pas cinq heures quand Sixte arriva chez d'Arjuzanx qu'il trouva assis devant une table d'écarté,
ayant pour vis-à-vis un des Russes avec lequel il avait dîné huit jours auparavant; deux des convives de

ce dîner étaient assis près d'eux.

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