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Hector Malot - Anie

- Où est l'argent? demanda madame Barincq.

- Je ne l'ai pas; mais je le trouverai. Sixte, mon cher enfant, accompagnez-moi chez Rébénacq. Et toi,
Anie, reste avec ta mère, à qui tu feras entendre raison.

- J'ai besoin de te parler, s'écria madame Barincq en faisant signe à son mari de la suivre.

- Et tu n'as rien dit du testament! s'écria Anie en se jetant dans les bras de son mari quand son père et sa
mère furent sortis. Ah! cher, cher!

- C'est lui justement qui m'a si bien fermé les lèvres; et puis, quand ta mère me disait qu'un mari qui a eu
le bonheur de trouver une femme telle que toi n'a pas à chercher de distractions autre part, elle n'avait que

trop raison.

- Tu es un ange.

VII

Non seulement Barincq n'avait pas soixante-cinq mille francs dans sa caisse ou chez son banquier, pour
les donner à Sixte, mais encore il n'en avait pas même dix mille, ni même cinq mille.

L'argent liquide trouvé dans la succession de Gaston et toutes les valeurs mobilières avaient été absorbés
par la transformation de la terre d'Ourteau, défrichements, constructions, achat des machines, acquisition

des vaches, des porcs, et si complètement qu'il n'avait pu faire face aux dépenses du mariage d'Anie que

par un emprunt.

Mais cela n'était pas pour l'inquiéter: la réalité avait justifié toutes ses prévisions, aucun de ses calculs ne
s'était trouvé faux, et avant quelques années sa terre transformée donnerait tous les résultats qu'il

attendait de cette transformation et même les dépasserait largement: c'était la fortune certaine, une belle

fortune, et si facile à gérer, que quand il viendrait à disparaître, Anie et Sixte n'auraient qu'à en confier

l'administration à un brave homme pour qu'elle continuât à leur fournir pendant de longues années les

mêmes revenus.

Cependant, si l'avenir était assuré, le présent n'en était pas moins assez difficile, et quand, au milieu des
embarras contre lesquels il avait à lutter chaque jour, survenait une demande de plus de soixante mille

francs, à laquelle il fallait faire droit sans retard, du jour au lendemain, il ne le pouvait que par un nouvel

emprunt.

Ce fut ce qu'il expliqua à son gendre, en se rendant chez le notaire, et, comme Sixte confus exprimait tout
son chagrin du trouble qu'il apportait dans sa vie si tranquille, il ne permit pas que la question se plaçât

sur ce terrain.

- Je vous ai dit, mon cher enfant, que je vous considérais comme co-propriétaire de l'héritage de Gaston.
Ce n'était pas là un propos en l'air, un engagement vague qu'on prend dans l'espérance de ne pas le tenir.

Je ne veux donc pas de vos excuses. Et même j'ajoute que jusqu'à un certain point je ne suis pas fâché de

ce qui arrive, puisque cela me permet de vous prouver la sincérité de ma parole.

- Je n'avais pas besoin de cela.

- J'en suis certain. Mais, puisque les choses sont ainsi, il vaut mieux les envisager à ce point de vue et ne
considérer que le rapprochement que cet incident amènera entre nous.

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