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Hector Malot - Anie
- Hélas! ma mère.
- Et comment avez-vous perdu soixante-cinq mille francs?
- Le comment ne signifie rien, interrompit Anie.
- Au contraire, il signifie tout: vous êtes donc joueur, monsieur?
- On n'est pas joueur parce que par hasard on perd une somme au jeu, continua Anie.
Sans répondre à sa fille, madame Barincq se leva et, s'adressant à son mari:
- Ainsi, dit-elle, vous avez marié ma fille à un joueur!
- Mais, chère amie...
- Je ne vous fais pas de reproches, vous êtes assez malheureux de votre faute, pauvre père, mais enfin vous l'avez sacrifiée.
Puis tout de suite, se retournant vers son gendre:
- Comment n'avez-vous pas eu la loyauté de nous prévenir que vous étiez joueur?
- Mais, maman, interrompit Anie, Valentin n'est pas joueur; il y a dix ans qu'il n'avait touché aux cartes.
- Eh bien! quand il y touche, ça nous coûte cher!
Barincq crut que ce mot lui permettait d'arrêter la scène qui, pour lui, était d'autant plus injuste que tout bas il se disait que Sixte avait bien le droit de perdre ce qui lui appartenait.
- Donc il n'y a qu'à payer, conclut-il.
Mais sa femme ne se laissa pas couper la parole:
- Je ne fais pas de reproches à M. Sixte, reprit-elle, seulement je répète que quand on entre dans une famille, on doit avouer ses vices...
- Mais Valentin n'a pas de vices, maman.
- C'est peut-être une vertu de jouer. Je dis encore que quand un homme a le bonheur inespéré... pour bien des raisons, d'être distingué par une jeune fille accomplie, et d'entrer dans une famille... une famille accomplie aussi, il doit se trouver assez honoré et assez heureux pour ne pas chercher des distractions ailleurs...
Pendant que madame Barincq parlait avec une véhémence désordonnée, Anie regardait son mari qui, immobile, calme en apparence, mais très pâle, ne bronchait pas; elle coupa la parole à sa mère:
- Allons-nous-en, dit-elle à son mari.
Mais son père la prenant par la main la retint:
- Ni les paroles de ta mère, dit-il, ni ton départ n'ont de raison d'être. Dans la situation présente, il n'y a qu'une chose à faire: payer. C'est à quoi nous devons nous occuper.
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