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Hector Malot - Anie

- Cela ne te regarde pas: ce sont des papiers qui concernent Sixte et qu'il aura intérêt à lire, je pense un
jour de loisir.

- Qu'est-ce donc?

- Simplement la collection des lettres que vous avez écrites à Gaston depuis votre enfance jusqu'à sa
mort; et aussi différentes pièces de comptes et de factures. On a trouvé tout cela à l'inventaire dans un

tiroir qui vous était consacré, mais on ne l'a pas coté, comme étant pièces sans importance; j'aurais dû

vous le remettre depuis longtemps.

Cela fut dit sans appuyer et il brusqua les adieux.

Mais dès le surlendemain il alla déjeuner chez sa fille, anxieux de savoir si Sixte avait ouvert le paquet; il
le trouva intact, comme il l'avait noué lui-même, sur la table de Sixte.

- Tiens, ton mari n'a pas ouvert ce paquet? dit-il.

- Quand Sixte rentre, il est tellement écoeuré des paperasses que le général lui fait lire ou écrire qu'il a
l'horreur des papiers.

- Il ferait tout de même bien de ne pas le laisser traîner: c'est toute sa jeunesse qui est là-dedans.

- Je le lui dirai.

Le vendredi, quand il revint sous un prétexte quelconque, car il n'avait pas l'habitude de faire deux
voyages par semaine à Bayonne, le paquet était toujours dans le même état.

Il attendit le dimanche; mais ni Anie ni Sixte ne parlèrent de rien; donc il n'y avait rien, semblait-il.

Ce fut seulement dix jours après que Sixte, rentrant un soir de mauvais temps avant sa femme, retenue
par l'odieux enchaînement des visites qu'elle avait à rendre et dont la comptabilité exigeait une tenue de

livres, ouvrit le paquet, n'ayant rien de mieux à faire.

Pas bien intéressantes pour lui ces lettres, dont les premières, qu'il avait oubliées, étaient écrites dans un
style enfantin, que paralysait encore le respect envers celui auquel il s'adressait.

Les laissant de côté il prit la liasse des comptes qui, par les chiffres seuls des factures, était plus curieuse.

- C'était cela qu'on avait dépensé pour lui; cela qu'il avait coûté.

Comme il les parcourait les unes après les autres, ses yeux tombèrent sur une feuille de papier timbré, de
l'écriture de M. de Saint-Christeau.

Qu'était cela?

Il lut.

Mais c'était le testament de M. de Saint-Christeau, celui qu'il connaissait, celui que l'inventaire devait
faire trouver, et qui avait échappé sûrement aux recherches du notaire, parce qu'on n'avait pas pris ces

factures les unes après les autres, pour les classer, et qu'il s'était glissé entre deux papiers insignifiants.

Avant qu'il fût revenu de sa surprise, sa femme rentra, et, comme à l'ordinaire, vint vivement à lui pour
l'embrasser.

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