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Hector Malot - Anie

courait à la maison de commerce de son cousin.

- Je t'apporte ma signature, dit-il en entrant dans le bureau où Pédebidou, tout seul, dépouillait son
courrier.

En entendant ces quelques paroles Pédebidou se leva vivement et, venant à lui, il l'embrassa:

- Fais préparer les traites, dit Barincq se méprenant sur les causes de cette émotion.

- Tu ne sauras jamais combien ta générosité me touche, mais il est trop tard, mon pauvre ami, je ne peux
accepter ta signature.

- Tu me refuses! dit Barincq.

- Hier, je pouvais te la demander parce que j'étais certain que ton argent ne courrait aucun risque;
aujourd'hui que je sais qu'il serait perdu je ne peux pas te le prendre; je viens d'apprendre de nouvelles

faillites, c'est fini pour moi.

Malgré le chagrin que lui causait cette nouvelle, Barincq eut l'humiliation de sentir que d'un autre côté il
éprouvait un soulagement.

- Mon pauvre ami, dit-il, mon pauvre ami!

Et pendant quelques instants ils s'entretinrent de ce désastre.

Mais, quand Barincq fut dans la rue, il eut la stupeur de reconnaître qu'une fois encore il était bien le
mauvais riche qu'avait dit son cousin.

Il ne le serait pas plus longtemps.

III

Il fallait donc que le testament fût remis à Sixte et que la fortune qu'il lui léguait passât tout entière entre
ses mains.

Son repos, sa dignité, son honnêteté, le voulaient ainsi.

D'ailleurs pas si héroïque qu'elle paraissait au premier abord, cette restitution; que la fortune de Gaston
restât entre ses mains, ou passât entre celles de son gendre, ce serait toujours Anie qui en profiterait, car

Sixte, droit et sage tel qu'il le connaissait, était incapable de la gaspiller ou d'en mal user.

Pour accomplir cette remise du testament, une difficulté se présentait devant laquelle il resta embarrassé
un certain temps.

Le mieux assurément serait que Sixte le trouvât, par hasard, dans le bureau de Gaston, comme lui-même
l'avait trouvé; mais pour cela il fallait commencer par l'introduire dans ce bureau; et, comme il n'en avait

plus la clé, ce moyen n'était pas praticable, et il dut recourir à un autre plus simple encore.

Un dimanche soir que Sixte repartait en voiture avec Anie pour Bayonne, il lui remit une liasse de
papiers en prenant un air aussi indifférent qu'il pût.

- Qu'est-ce que tu veux que nous fassions de cela, papa? demanda-t-elle.

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