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Hector Malot - Anie
- Mon petit cousin, dit Pédebidou sans aucune gêne, je viens te demander 80,000 fr. qui me sont indispensables pour mon échéance.
- Toi!
- C'est ça le commerce: des faillites à l'étranger suspendent depuis deux mois les acceptations de mes traites et, de mon côté, je suis engagé pour de grosses sommes.
- Mais je n'ai pas 80,000 fr.; le mariage de ma fille, son établissement, les frais que je fais dans cette propriété...
- C'est ta signature que je te demande.
- Signer, c'est payer.
- Pas avec moi. Viens à la maison, je te montrerai mes livres; c'est d'une situation accidentellement gênée qu'il s'agit, et nullement désespérée.
Barincq était bouleversé: libre, maître de sa fortune, il eût donné sans hésitation la signature que ce camarade, ce vieil ami lui demandait si franchement, avec la conviction évidemment qu'on ne pouvait pas la refuser; mais il n'était ni l'un ni l'autre, ce ne serait pas sa signature qu'il engagerait, ce serait celle de Sixte.
- Sais-tu, dit-il avec embarras, que si depuis que je suis de retour dans ce pays j'avais prêté tout ce qu'on m'a demandé, il ne me resterait pas grand chose?
- Combien as-tu prêté?
- Rien.
- Alors il te reste tout.
- Mais...
- Enfin, peux-tu ou ne peux-tu pas faire ce que je te demande?
Il y eut un moment de silence, cruel pour tous les deux, et plus encore peut-être pour celui qui ne répondait pas que pour celui qui attendait.
Mais Pédebidou était un homme résolu et de premier mouvement; il se leva.
- C'est bien, dit-il, tu es un mauvais riche; je regrette, je regrette bien sincèrement de t'avoir mis dans la nécessité de me le montrer; je n'aurais pas cru cela d'un homme qui a tant souffert de la pauvreté.
- Je t'assure que je ne peux pas.
- Ta fortune est à toi.
- Non, à mes enfants.
- Adieu.
Barincq passa une nuit terrible; le lendemain il partait pour Bayonne par le premier train, et en arrivant
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