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Hector Malot - Anie

d'indignation que de chagrin, puis, se tournant vers son mari:

- Qu'as-tu dit? demanda-t-elle.

- Que je devais vous soumettre cette proposition à l'une et à l'autre.

- Dieu soit loué, nous avons du temps à nous.

Mais elle se trompait, Anie ne lui laissa pas ce temps sur lequel elle comptait pour organiser la défense et
trouver, elle qui n'était pas femme de premier jet, des arguments de refus auxquels il n'y aurait rien à

répondre. Chose extraordinaire, ce ne fut pas la fille qui resta court devant la mère, soumise par la force

de la persuasion, ce fut la mère qui se laissa convaincre par la fille et eut la stupéfaction de voir qu'elle

avait dit «oui» quand elle voulait dire «non».

Cette stupéfaction ne fut pas moins vive chez elle lorsque, le mariage ayant été décidé et le jour fixé, il
fut question de la rédaction du contrat: son mari ne voulait-il pas faire plus pour Sixte qu'il n'avait promis

au baron?

- Veux-tu donc nous dépouiller? s'écria-t-elle.

- Pourquoi pas?

- Au profit d'un homme qui n'a rien!

- C'est parce qu'il n'a rien que nous devons compenser ce qui lui manque.

- C'est de la folie.

- Ce que nous nous retirons, c'est à notre fille que nous le donnons.

- Non, ce n'est pas à notre fille, c'est à notre gendre, et il semble que ce soit à lui que tu penses plus qu'à
elle. Que t'a-t-il fait? Qu'est-il pour toi? C'est à n'y rien comprendre.

Et, comme il était disposé à faire deux parts égales de sa fortune, l'une pour Sixte, l'autre pour lui-même,
ce qui, selon sa conscience, n'était que juste, il dut, devant la résistance de sa femme, se modérer dans ses

élans de générosité, qui n'étaient en réalité qu'une réparation.

- Faisons un contrat convenable, dit madame Barincq, et plus tard, quand nous verrons ce qu'est ce mari
que vous m'imposez, nous lui donnerons ce qu'il méritera. Pourquoi remettre notre fortune entre ses

mains? beaucoup d'officiers sont dépensiers; je ne vois pas l'intérêt qu'il y a à le mettre à même de se

ruiner si l'envie lui en prenait; en dons, tout ce que tu voudras et ce qui lui sera nécessaire ou agréable; en

dû, pas plus que ce qui est honorable.

Comme en réalité il importait peu que la restitution qu'il cherchait avant tout se fît d'une façon ou d'une
autre, il n'insista pas davantage. Sixte aurait sa part de la fortune de Gaston, c'était l'essentiel. Assurément

il n'imaginait pas que Sixte fût jamais amené à se ruiner, mais enfin le langage de sa femme était trop

prudent et trop sensé pour qu'il ne l'acceptât pas.

Une autre question qu'ils agitèrent non moins vivement fut celle de la cérémonie même du mariage. A
raison de la mort encore si récente de son frère, Barincq n'aurait voulu aucune cérémonie: une simple

bénédiction nuptiale suivie d'un déjeuner pour la famille et les témoins, cela lui suffisait; mais pour

madame Barincq les choses ne pouvaient pas se passer ainsi; sa fille eût épousé le baron que cette

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