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Hector Malot - Anie

va vous renverser aussi, je parie: qu'il a donné ordre à tous les entrepreneurs d'interrompre les travaux
partout le soir même, et de laisser les choses dans l'état où elles sont, sans s'inquiéter du reste. Qu'est-ce

que cela veut dire? Vous pensez bien que je n'ai pas l'idée de le questionner. D'ailleurs, il ne m'en laisse

pas le temps, il me fait appeler et m'annonce qu'il part en voyage; je lui demande comme toujours où il

faut lui envoyer ses lettres; il me répond qu'il n'y a qu'à les garder. Cinq minutes après, il monte sur sa

bicyclette et le voilà parti avec une figure plus tourmentée encore que celle que je lui avais vue quand il

avait reçu la lettre. Où est-il? Depuis vendredi nous sommes sans nouvelles. Si vous pouvez me dire ce

que ça signifie et ce que j'ai à faire, je vous en serai reconnaissant: partout on me poursuit tant et tant que

je n'ose plus sortir.

Ce que cela signifiait, Sixte le devinait: en recevant la lettre qui lui annonçait le refus d'Anie, le baron
avait interrompu les travaux qu'il ne faisait exécuter que pour recevoir sa femme, et il était parti furieux

ou désespéré, en tout cas dans un état violent; mais c'étaient là des explications qu'il n'y avait pas

nécessité de donner à Toulourenc qui, d'ailleurs, faisait tout ce qu'il fallait pour se consoler.

Assurément Sixte eût préféré avoir une explication avec le baron, mais puisqu'en partant celui-ci
paraissait renoncer à toute espérance, il fallait bien accepter la situation telle que ce départ la faisait: ce

n'était pas la main d'une fille déjà engagée qu'il demandait, c'était celle d'une fille libre; il expliquerait

cela à d'Arjuzanx dans une lettre, franchement, loyalement.

Et, au lieu de revenir à Bayonne, il prit le train pour Puyoo d'où une voiture l'amena chez Rébénacq, qui,
immédiatement, tout fier du succès de sa négociation, alla avec lui au château.

XIV

Quand Barincq revint de reconduire Sixte et le notaire, il trouva sa femme qui l'attendait, anxieuse:

- Que voulaient Rébénacq et le capitaine? demanda-t-elle avec une vivacité fébrile.

Bien qu'il s'attendit à être interrogé et se fût préparé, il ne répondit pas tout de suite.

- C'est pour un nouveau testament? dit-elle.

- Oh! pas du tout.

- Eh bien alors?

- Tu vas être surprise... et, je le pense, satisfaite aussi.

- Surprise, je le suis, satisfaite, de quoi?

A ce moment Anie vint les rejoindre, pressentant que son père devait avoir besoin d'elle.

- Voilà justement Anie, dit-il en respirant, et je suis aise qu'elle arrive, car ce que j'ai à vous apprendre la
touche autant que nous, et même plus que nous encore... si vive que soit notre tendresse pour elle.

Voyant son père entasser les paroles sans oser se décider, elle se décida à brusquer la situation:

- M. Sixte est venu te demander ma main? dit-elle.

- Anie! s'écria sa mère suffoquée.

- Précisément.

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