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Hector Malot - Anie
- Il serait à peu près dans la même situation envers vous, si le testament de Gaston n'avait pas été détruit.
- De sorte qu'on peut dire que cette fortune nous a appartenu à l'un et à l'autre; une alliance entre nous remettrait tout en état.
- Veux-tu me permettre de te dire que je me suis demandé plus d'une fois comment cette idée ne t'était pas venue? il est vrai que tu ne connaissais pas Sixte comme moi et ne savais pas ce qu'il vaut.
- Je viens de l'apprendre en lisant ses lettres à Gaston trouvées à l'inventaire, et elles m'ont inspiré pour lui une véritable estime.
- N'est-ce pas que c'est un brave garçon?
- J'ai lu aussi les lettres de sa mère et je me suis demandé comment il pouvait être le fils de cette coquine.
- S'il est le fils de Gaston, comme on peut le croire, cette paternité explique tout.
- C'est ce que je me suis dit, et tout cela: caractère de l'homme, filiation, fortune, fait que j'ai pensé à un mariage, et que cette idée ayant pris corps, j'ai voulu te la soumettre pour te demander conseil d'abord, puis, plus tard, ton concours s'il y a lieu. Car, si je suis disposé à l'accepter pour gendre, je ne sais pas si lui est disposé à se marier; et, le fût-il, je ne peux pas lui offrir ma fille.
- Mon amitié pour toi et pour Sixte t'assure à l'avance que je vous suis entièrement dévoué à l'un comme à l'autre, et franchement je ne crois pas, eu égard à vos situations respectives, que tu pouvais t'adresser à un meilleur intermédiaire. A ta question: Sixte est-il disposé à se marier? je puis répondre tout de suite par l'affirmative, il se mariera quand il trouvera la femme qu'il désire; et si, jusqu'à ce moment, il est resté garçon, c'est que cette femme ne s'est pas rencontrée. Les occasions ne lui ont cependant pas manqué, ce qui ne doit pas te surprendre, beau garçon, officier brillant, héritier présumé de Gaston, il avait tout pour faire un gendre et un mari désirables. Il est vrai que maintenant l'héritage s'est envolé, mais pour cela il n'est pas devenu une non-valeur. Ainsi, à l'heure présente, on lui propose deux partis.
- Ah!
- Il n'est disposé à accepter ni l'un ni l'autre, et maintenant, certainement, il ne balancera pas entre mademoiselle Anie et celles qu'on lui propose.
- Certainement?
- Cela ne fait pas de doute, et tu vas en juger. L'une de ces jeunes filles est l'aînée des demoiselles Harraca; et, quelle que soit la déférence de Sixte pour son général, quel que soit son dévouement, son respect pour son chef qu'il aime, ils n'iront pas jusqu'à faire de lui le mari d'une femme sans le sou, médiocrement agréable, flanquée d'une mère impossible et de quatre soeurs qui seront probablement à sa charge un jour; ce serait un suicide. Réalisable peut-être quand Sixte était l'héritier probable de Gaston, cette idée est devenue de la folie toute pure du jour où l'inventaire a prouvé que le testament sur lequel on était en droit de compter n'existait pas, et, pour que la famille Harraca ne l'ait pas abandonnée, il faut que les services que Sixte rend au général soient tels qu'on le croie capable de tous les sacrifices. Ce que je vais te dire, je ne le tiens pas de Sixte, qui est discret, mais de la femme du chef d'état-major du général, notre cousine, en bonne position pour savoir ce qui se passe dans la famille Harraca. Malgré ses apparences de solidité, le pauvre général est perdu de rhumatismes et bronchiteux au point de tousser dix mois par an. Si cela était connu, bien qu'il n'ait que soixante-deux ans, on le remiserait; alors, que
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