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Hector Malot - Anie
- J'estime qu'elle a été sage, et j'ajoute que de sa part je n'en suis pas étonné.
- Il est vrai qu'elle demande chez son mari d'autres qualités que celles que M. d'Arjuzanx pouvait lui offrir; seulement le mari chez qui nous rencontrerions ces qualités n'est pas facile à trouver.
Il y eut un moment de silence; tout à coup le notaire, prenant son menton dans sa main, dit, comme s'il se parlait à lui-même:
- Ça dépend.
- De quoi ça dépend-il?
- Des qualités exigées.
- Simplement morales et intellectuelles; physiques aussi, il est vrai, car il faut que ce mari plaise à Anie.
- Évidemment. Ainsi la fortune n'entre pour rien dans vos exigences... ni la naissance?
- Pour rien.
- Et la position sociale?
- C'est une autre affaire.
- Ainsi tu accepterais pour gendre un homme doué de tous les avantages corporels et ayant devant lui le plus bel avenir, mais sans fortune et sans naissance?
- Tu as quelqu'un en vue?
Ils se regardèrent assez longuement sans parler, franchement, les yeux dans les yeux.
- Oui, dit enfin le notaire.
- Qui?
- Note que je ne suis chargé d'aucune ouverture, et que je parle simplement en camarade, en ami, de toi d'abord, et aussi de ta fille pour qui j'ai une vive sympathie.
- Parle donc.
- Tu ne m'en voudras pas?
- Le nom.
- Sixte.
C'était assez timidement que le notaire avait prononcé ce nom en regardant avec une inquiétude manifeste son ancien camarade, ce fut franchement que celui-ci lui tendit la main:
- Je venais pour te parler de lui.
- Et moi je t'en aurais parlé depuis longtemps, si je ne t'avais cru engagé avec M. d'Arjuzanx.
- Nous sommes à l'égard du capitaine dans une situation délicate, car nous lui avons enlevé une fortune qu'il devait considérer comme sienne.
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