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Hector Malot - Anie
- Tu veux qu'elle parte? dit-elle en regardant sa fille.
- Mais certainement.
- Que ta volonté s'accomplisse, et fasse le ciel que ce soit pour ton bonheur! Qui sait si celui qui remplacera M. d'Arjuzanx le vaudra!
Mais cette parole n'émut ni la fille ni le père; ils savaient, eux, combien celui qui devait remplacer le baron valait mieux que celui-ci.
Le lendemain matin, à l'ouverture de l'étude, Barincq entrait dans le cabinet de Rébénacq. Quand le notaire entendit parler de rupture avec le baron, il ne montra aucune surprise.
- Dois-je t'avouer que je m'y attendais? dit-il.
- Et pourquoi t'y attendais-tu?
- Parce que M. d'Arjuzanx n'est pas du tout le mari qui convient à ta fille.
- Et tu ne me l'as pas dit?
- Tu devais t'en apercevoir tout seul; cela valait mieux.
- M'apercevoir de quoi?
- De ce que tout le monde disait.
- Mais que disait tout le monde? Vingt fois j'ai voulu aller au fond de certaines paroles énigmatiques ou de silences étranges, on ne m'a jamais répondu. Maintenant que ce mariage est rompu, ne parleras-tu pas franchement?
- On s'étonnait que tu consentisses à donner une jolie fille comme mademoiselle Anie, discrète, délicate de sentiments, distinguée d'esprit, à un homme comme le baron, qui n'est pas précisément doué de qualités semblables.
- Que lui reproche-t-on?
- Un homme qui va en vélocipède à Paris, qui paraît en maillot dans les baraques, qui vit en intimité avec un lutteur.
- Ah!
- On ne parlait que de ça à Bayonne et à Orthez.
- On est sévère à Bayonne et à Orthez.
- Tu plaisantes en Parisien sceptique; mais, si ridicules que te paraissent les préjugés provinciaux, crois-tu qu'un homme qui n'a pas d'autres occupations et d'autres plaisirs que de briller dans les luttes du cirque ou du sport soit précisément le mari qui convienne à une fille intelligente comme la tienne? Quels points de contact vois-tu entre eux? Sois certain que la province n'est pas si bête que Paris l'imagine.
- Sans doute tu as raison, puisque ma fille n'a pas voulu de M. d'Arjuzanx.
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