bibliotheq.net - littérature française
 

Hector Malot - Anie

- Quoi, maintenant?

- J'entends, que veux-tu faire?

- Aller trouver Rébénacq qui est l'ami et le conseil du capitaine.

- Mais M. Rébénacq ne peut pas offrir ma main à M. Sixte.

- Assurément; mais Rébénacq peut lui faire comprendre quels sont mes sentiments à son égard, et
adroitement, discrètement, lui laisser entendre que, s'il voulait devenir le mari d'une belle jeune fille qu'il

connaît et qu'il a pu apprécier, il n'aurait qu'à plaire à cette belle fille et se faire aimer d'elle pour que la

famille l'accueillît, malgré son manque de fortune, à bras ouverts. Il n'y a point là d'offre, dont je ne veux

pas plus que toi, mais une ouverture comme en doivent faire ceux qui sont riches à ceux qui ne le sont

pas. Y a-t-il là-dedans quelque chose qui ne te convienne pas?

Au lieu de répondre, elle interrogea:

- Et M. d'Arjuzanx?

- Je lui écrirai que nos projets ne peuvent pas avoir les suites que nous espérions.

- Que vous espériez, lui et toi?

- Dame!

- N'es-tu pour rien dans cette rupture?

- J'arrangerai les choses de façon à porter ma part de responsabilité.

- Fais-la légère pour toi, plus grosse pour moi, ce ne sera que justice. Mais ce que je voudrais encore, ce
serait qu'au lieu d'aller trouver M. Rébénacq et d'écrire ensuite à M. d'Arjuzanx, tu commences par cette

lettre. Je connais assez M. Sixte pour être certaine qu'il ne consentirait pas à entrer en rivalité avec un

ami. S'il est sensible à l'ouverture de M. Rébénacq, ce ne sera certainement que quand il aura la preuve

que cet ami a été refusé.

- Tu as raison; j'écris tout de suite au baron et demain seulement j'irai voir Rébénacq.

- Et maman! tu es d'accord avec elle?

- Je compte sur toi.

- Tu sais qu'elle trouve toutes les qualités à M. d'Arjuzanx: la naissance, la distinction, la beauté, et bien
d'autres choses encore, sans parler de sa fortune qui ne peut pas être comparée à celle de M. Sixte.

- Ta mère ne veut que ton bonheur; quand elle sera convaincue que tu n'aimeras jamais M. d'Arjuzanx,
elle cédera.

- Enfin, je ferai ce que tu veux, mais si nous partageons les responsabilités, partageons aussi les
difficultés: que j'amène maman à accepter ta rupture d'un mariage qu'elle souhaite si ardemment, toi, de

ton côté, amène-la à accepter celui que tu désires.

- Et toi, ne le désires-tu pas aussi?

< page précédente | 112 | page suivante >

 
La plupart des textes et des images de ce site font partie du domaine public. Les droits d'auteur pour la présentation des matériaux
et le design du site appartiennent à bibliotheq.net. Toute suggestion et correction est la bienvenue.