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Hector Malot - Anie

vraiment pas assez pour l'épouser: ami, oui; mari, non. De son côté, ce que tu désires est donc fait.
Seulement, je serais curieuse de savoir pourquoi tu le voulais pour gendre il y a un mois, et pourquoi tu

ne le veux plus aujourd'hui.

Il resta un moment assez embarrassé.

- N'était-il pas alors ce qu'il est encore? et du côté du capitaine as-tu appris des choses qui te le montrent
sous un jour plus favorable?

Il avait eu le temps de se remettre:

- J'ai à plusieurs reprises entendu parler de M. d'Arjuzanx d'une façon qui ne m'a pas plu.

- Que disait-on?

- Rien de précis; mais c'est justement le vague de ces propos qui fait mon inquiétude. Quant au capitaine,
j'ai au contraire appris à le connaître sous un jour qui a singulièrement augmenté ma sympathie pour lui

et l'a transformée en une estime sérieuse.

- Comment cela? demanda-t-elle avec une vivacité caractéristique.

- En lisant ses lettres à Gaston? Cette correspondance, qui commence quand le jeune garçon entre au
collège de Pau et se continue sans interruption jusqu'à ces derniers temps, a été conservée par ton oncle,

on l'a trouvée à l'inventaire et je viens de la lire. C'est une confession, ou plutôt, car elle ne contient

l'aveu d'aucune faute, un journal qui embrasse toute sa jeunesse. Quels renseignements vaudraient ceux

qu'il donne lui-même dans ces lettres où on le suit pas à pas, où l'on voit se former l'homme qu'il est

devenu, et un homme de coeur, de caractère, droit, loyal, que la tare d'une naissance malheureuse n'a

point aigri, mais qu'elle a au contraire trempé; enfin, le type du mari qu'un père qui connaît la vie

choisirait entre tous pour sa fille.

Pendant qu'il parlait, elle souriait sans avoir conscience de l'aveu que son visage épanoui trahissait:

- Alors, ces lettres... dit-elle machinalement pour dire quelque chose et pour le plaisir de parler de lui.

- Ces lettres sont un panégyrique d'autant plus intéressant qu'il est écrit au jour le jour. Sais-tu quelles
étaient mes pensées en les lisant?

- Dis.

- Je me demandais comment ton oncle n'avait pas eu le désir de te le donner pour mari, ce qui conciliait
tout: son affection pour ce jeune homme et ses devoirs envers nous.

- Il n'a pas exprimé ce désir.

- Cela est vrai; mais ce qu'il n'a pas fait, pour une raison que nous ignorons, simplement peut être parce
que la mort l'a surpris, je puis le faire. Si ton oncle avait des devoirs envers nous, envers moi, envers toi,

je me considère comme en ayant envers le capitaine qui a certainement des droits à la fortune dont nous

héritons... quand ce ne serait que ceux que donne l'affection partagée: un mariage entre vous règle tous

ces devoirs comme tous ces droits, et, de plus, il assure ton bonheur. Tu comprends pourquoi j'ai été si

heureux quand je t'ai entendu manifester avec franchise tes sentiments?

- Et maintenant?

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