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Hector Malot - Anie

Mais ce dont il ne pouvait certainement pas se contenter, c'était des explications relatives à Arthur Burn;
la lettre qui suivait celles-là le prouvait par son papier si usé aux plis qu'il avait été raccommodé avec des

bandes de timbres-poste; combien fallait-il qu'il eût été lu de fois, relu, tourné et retourné, étudié pour en

arriver à cet état de vétusté!

«Est-ce que si j'avais eu des reproches à m'adresser, idole de mon
coeur, j'aurais jamais avoué m'être rencontrée avec M. Burn? Est-ce

que, si j'avais voulu nier cette rencontre, je n'aurais pas pu le

faire de façon à te convaincre qu'elle n'avait jamais eu lieu? Ce

n'était pas bien difficile, cela. Qui m'avait vue? Un homme en qui

tu pouvais n'avoir qu'une confiance douteuse. J'aurais contesté son

témoignage; je t'aurais affirmé n'être pas sortie ce jour-là. Et,

entre lui et moi, j'ai la fierté de croire que tu n'aurais pas

hésité. Mais c'eût été un mensonge, une bassesse, une chose indigne

de moi, indigne de mon amour, un soupçon contre toi, ce que je n'ai

jamais fait, ce que je ne ferai jamais, car je ne veux pas plus

m'abaisser moi-même devant toi, que je ne peux t'abaisser dans mon

coeur.

C'est pourquoi quand tu m'as dit le visage bouleversé, les yeux
sombres et la voix tremblante d'angoisse et de colère, je crois bien

des deux: «Tu as vu M. Burn?» je t'ai répondu: «C'est vrai»; et je

t'ai expliqué comment cette rencontre, due seulement au hasard,

avait eu lieu.

Pourtant, malgré mes explications aussi franches que claires, je
sens bien que tu es parti fâché contre moi, et, ce qui est plus

triste encore, inquiet et malheureux. Je ne veux pas que cela soit,

mon chéri; je ne veux pas que tu doutes de moi qui t'adore; je ne

veux pas que tu te tourmentes; c'est bien assez que tu aies à

souffrir de notre séparation.

Aussi, après l'affreuse nuit que je viens de passer à me désespérer
de t'avoir fait de la peine, je veux que ma première pensée, ce

matin en me levant, soit pour te rassurer en te répétant ce que je

t'ai dit: il me semble que quand tu le verras en ordre sur le

papier, s'il m'est possible de mettre de l'ordre dans mes idées, tu

reconnaîtras que dans cette malheureuse rencontre il n'y a rien pour

te tourmenter.

Comme je te l'ai dit, j'étais sortie pour une petite promenade sur
le quai. En cela j'ai eu tort, je le reconnais; j'aurais dû rester à

la maison. Mais que veux-tu, n'avoir pour toute distraction que de

regarder passer les trains ou les bateaux, cela devient ennuyeux à

la fin; et n'avoir pour exercice qu'à tourner dans un jardin grand

comme une serviette, ça étourdit. J'étais donc sortie, et

machinalement sans savoir ce que je faisais, où j'allais, sans me

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