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Guy de Maupassant - Une vie
Petite mère, tante Lison et le baron étaient venus, donc elle avait été très malade. Mais Julien ? Qu'avait-il dit ? Ses parents savaient-ils ? Et Rosalie ? où était-elle ? Et puis que faire ? Une idée l'illumina - retourner avec père et petite mère, à Rouen, comme autrefois. Elle serait veuve ; voilà tout.
Alors elle attendit, écoutant ce qu'on disait autour d'elle, comprenant fort bien sans le laisser voir, jouissant de ce retour de raison, patiente et rusée.
Le soir, enfin, elle se trouva seule avec fa baronne et elle appela, tout bas : " Petite mère ! " Sa propre voix l'étonna, lui parut changée. La baronne lui saisit les mains : " Ma fille, ma Jeanne chérie ! ma fille, tu me reconnais ?
- Oui, petite mère, mais il ne faut point pleurer ; nous avons à causer longtemps. Julien t'a-t-il dit pourquoi je me suis sauvée dans la neige ?
- Oui, ma mignonne, tu as eu une fièvre très dangereuse.
- Ce n'est pas ça, maman. J'ai eu la fièvre après ; mais t'a-t-il dit qui me l'a donnée, cette fièvre, et pourquoi je me suis sauvée ?
- Non, ma chérie.
- C'est parce que j'ai trouvé Rosalie dans son lit. "
La baronne crut qu'elle délirait encore, la caressa. " Dors, ma mignonne, calme-toi, essaie de dormir. "
Mais Jeanne, obstinée, reprit : " J'ai toute ma raison maintenant, petite maman, je ne dis pas de folies comme j'ai dû en dire les jours derniers. Je me sentais malade une nuit, alors j'ai été chercher Julien. Rosalie était couchée avec lui. J'ai perdu la tête de chagrin et je me suis sauvée dans la neige pour me jeter à la falaise. "
Mais la baronne répétait : " Oui, ma mignonne, tu as été bien malade.
- Ce n'est pas ça, maman, j'ai trouvé Rosalie dans le lit de Julien, et je ne veux plus rester avec lui. Tu m'emmèneras à Rouen, comme autrefois. "
La baronne, à qui le médecin avait recommandé de ne contrarier Jeanne en rien, répondit : " Oui, ma mignonne. "
Mais la malade s'impatienta : " Je vois bien que tu ne me crois pas. Va chercher petit père, lui, il finira bien par me comprendre. "
Et petite mère se leva difficilement, prit ses deux cannes, sortit en traînant ses pieds, puis revint après quelques minutes avec le baron qui la soutenait.
Ils s'assirent devant le lit et Jeanne aussitôt commença. Elle dit tout, doucement, d'une voix faible, avec clarté : le caractère bizarre de Julien, ses duretés, son avarice, et enfin son infidélité.
Quand elle eut fini, le baron vit bien qu'elle ne divaguait pas, mais il ne savait que penser, que résoudre et que répondre.
Il lui prit la main, d'une façon tendre, comme autrefois quand il l'endormait avec des histoires. " Écoute, ma chérie, il faut agir avec prudence. Ne brusquons rien ; tâche de supporter ton mari jusqu'au moment
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