bibliotheq.net - littérature française
 

Guy de Maupassant - Monsieur Parent et autres histoires courtes

avec les yeux.

L'autre fit «non» de la tête.

- «T'étais couché dans la meule quand tu l'as surpris?» Et il faisait le geste d'un homme qui aperçoit une
chose dégoûtante.

L'autre fit «oui» de la tête.

Alors, le fermier, imitant les signes du maire qui marie, et du prêtre qui unit au nom de Dieu, demanda à
son serviteur s'il avait tué sa femme parce qu'elle était liée à lui devant les hommes et devant le ciel.

Le berger fit «oui» de la tête.

Picot lui dit: «Allons, montre comment c'est arrivé?»

Alors, le sourd mima lui-même toute la scène. Il montra qu'il dormait dans la meule; qu'il s'était réveillé
en sentant remuer la paille, qu'il avait regardé tout doucement, et qu'il avait vu la chose.

Il s'était dressé, entre les deux gendarmes, et, brusquement, il imita le mouvement obscène du couple
criminel enlacé devant lui.

Un rire tumultueux s'éleva dans la salle, puis s'arrêta net; car le berger, les yeux hagards, remuant sa
mâchoire et sa grande barbe comme s'il eût mordu quelque chose, les bras tendus, la tête en avant,

répétait l'action terrible du meurtrier qui étrangle un être.

Et il hurlait affreusement, tellement affolé de colère qu'il croyait la tenir encore et que les gendarmes
furent obligés de le saisir et de l'asseoir de force pour le calmer.

Un grand frisson d'angoisse courut dans l'assistance. Alors maître Picot, posant la main sur l'épaule de
son serviteur, dit simplement: «Il a de l'honneur, cet homme-là.»

Et le berger fut acquitté.

Quant a moi, ma chère amie, j'écoutais, fort ému, la fin de cette aventure que je vous ai racontée en
termes bien grossiers, pour ne rien changer au récit du fermier, quand un coup de fusil éclata au milieu

du bois; et la vois formidable de Gaspard gronda dans le vent comme un coup de canon.

- Bécasse. Elle y est.

Et voilà comment j'emploie mon temps à guetter des bécasses qui passent tandis que vous allez aussi voir
passer au bois les premières toilettes d'hiver.

EN WAGON

Le soleil allait disparaître derrière la grande chaîne dont le puy de Dôme est le géant, et l'ombre des
cimes s'étendait dans la profonde vallée de Royat.

Quelques personnes se promenaient dans le parc, autour du kiosque de la musique. D'autres demeuraient
encore assises, par groupes, malgré la fraîcheur du soir.

Dans un de ces groupes on causait avec animation, car il était question d'une grave affaire qui tourmentait
beaucoup mesdames de Sarcagnes, de Vaulacelles et de Bridoie.

< page précédente | 70 | page suivante >

 
La plupart des textes et des images de ce site font partie du domaine public. Les droits d'auteur pour la présentation des matériaux
et le design du site appartiennent à bibliotheq.net. Toute suggestion et correction est la bienvenue.