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Guy de Maupassant - Monsieur Parent et autres histoires courtes

LE PÈRE PATURON, d'une voix fière. - J'pourrais ti r'tourner cheuz nous?

LE JUGE. - Parfaitement. (Ils s'en vont sous les regards sympathiques des paysans, comme des gens dont
la cause est gagnée. Mme Bascule sanglote sur son banc.)

LE JUGE DE PAIX, souriant. - Remettez-vous, chère dame. Voyons, voyons, remettez-vous... et... si j'ai
un conseil à vous donner, c'est de chercher un autre... un autre élève....

Mme BASCULE, à travers ses larmes. - Je n'en trouverai pas... pas....

LE JUGE. - Je regrette de ne pouvoir vous en indiquer un. (Elle jette un regard désespéré vers le Christ
douloureux et tordu sur sa croix, puis elle se lève et s'en va, à petits pas, avec des hoquets de chagrin,

cachant sa figure dans son mouchoir.)

LE JUGE DE PAIX se tourne vers son greffier, et, d'une voix goguenarde. - Calypso ne pouvait se
consoler du départ d'Ulysse. (Puis d'une voix grave:)

Appelez les affaires suivantes.

LE GREFFIER bredouille. - Célestin Polyte Lecacheur. - Prosper Magloire Dieulafait....

L'ÉPINGLE

Je ne dirai ni le nom du pays, ni celui de l'homme. C'était loin, bien loin d'ici, sur une côte fertile et
brûlante. Nous suivions, depuis le matin, le rivage couvert de récoltes et la mer bleue couverte de soleil.

Des fleurs poussaient tout près des vagues, des vagues légères, si douces, endormantes. Il faisait chaud;

c'était une molle chaleur parfumée de terre grasse, humide et féconde; on croyait respirer des germes.

On m'avait dit que, ce soir-là, je trouverais l'hospitalité dans la maison du Français qui habitait au bout
d'un promontoire, dans un bois d'orangers. Qui était-il? Je l'ignorais encore. Il était arrivé un matin, dix

ans plus tôt; il avait acheté de la terre, planté des vignes, semé des grains; il avait travaillé, cet homme,

avec passion, avec fureur. Puis de mois en mois, d'année en année, agrandissant son domaine, fécondant

sans arrêt le sol puissant et vierge, il avait ainsi amassé une fortune par son labeur infatigable.

Pourtant il travaillait toujours, disait-on. Levé dès l'aurore, parcourant ses champs jusqu'à la nuit,
surveillant sans cesse, il semblait harcelé par une idée fixe, torturé par l'insatiable désir de l'argent, que

rien n'endort, que rien n'apaise.

Maintenant, il semblait très riche.

Le soleil baissait quand j'atteignis sa demeure. Elle se dressait en effet au bout d'un cap au milieu des
orangers. C'était une large maison carrée toute simple et dominant la mer.

Comme j'approchais, un homme à grande barbe parut sur la porte. L'ayant salué, je lui demandai un asile
pour la nuit. Il me tendit la main en souriant.

- Entrez, Monsieur, vous êtes chez vous.

Il me conduisit dans une chambre, mit à mes ordres un serviteur, avec une aisance parfaite et une bonne
grâce familière d'homme du monde; puis il me quitta en disant:

- Nous dînerons lorsque vous voudrez bien descendre.

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